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Test de longueur de message
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MessageSujet: Test de longueur de message Mer 18 Nov - 13:57
My story is a long story...



Prologue | Merkeley, 2015

La porte claque avec force dans son dos, et l'homme se dirige à pas furieux vers la vieille Norton stationnée un peu plus loin, à l’écart des ruines de l’ancienne université. Sans même prendre le temps de mettre son casque, il démarre le moteur et s'élance sur la route dans un grondement de protestation du moteur. La vitesse le calme. Il doit absolument se calmer.

Alors que le vent fouette ses cheveux, le sang bat dans ses tempes. Le bruit est si fort dans son crane qu'il manque de peu de ne pas entendre la voix familière qui y résonne.

    « Kyllian ! »
 

L'homme s'aperçoit que la douleur dans sa poitrine n'est pas uniquement due à son explosion de colère et d'adrénaline. La culpabilité surpasse ces sentiments initiaux et Kyllian freine lentement, jusqu'à arrêter la moto au beau milieu de la rue déserte. Quelques instants plus tard, le silhouette cendrée et galopante d'un coyote apparaît derrière lui. À bout de souffle, l'animal ralentit l'allure et entre dans la lumière des phares du véhicule. Le regard inquiet qu'elle lui lance ne fait qu'accentuer le sentiment de culpabilité qu’il ressent.

    « Je suis désolé, Kaya. »
 

La femelle coyote penche la tête de côté et après avoir repris légèrement son souffle, lui répond simplement :

    « Ne t'en fais pas. Rentrons à la maison, maintenant. »
 

L'homme repart, mais cette fois, prend une allure beaucoup plus lente, de sorte que Kaya puisse suivre en bordure de route. Plusieurs minutes plus tard, ils s'arrêtent enfin dans une petite maison, presqu'une cabane de chasse, au bout d'une petite route de terre dans la forêt à l'extérieur de Merkeley. La cabane est constituée de deux sections. La première, à l’avant, est surmontée d’un écriteau bien visible où sont écrits mots « Merkeley Ranger’s Office. Welcome. ». La petite salle d’accueil est très simplement meublée, et serait triste sans toutes les cartes accrochées aux murs et le bureau croulant sous les papiers en urgent besoin de classement. Le balcon de l’entrée s’étend jusqu’au deuxième pavillon, un lieu visiblement résidentiel mais tout aussi peu meublé et en pagaille.

Kaya ne dit pas un mot, se contentant d'observer Kyllian descendre de sa moto et grimper sur le porche de la maison. Plutôt que de s'assoir, il fait les cents pas sur le seuil, se passant frénétiquement une main dans les cheveux. Kaya reste immobile à le regarder. Kyllian s'arrête finalement, prenant appuie contre la rambarde de bois de la galerie. Il inspire profondément et lève un regard vers la voute des arbres qui cachent en partie le croissant de lune.

    « Ils ne comprennent pas. »

    « Je sais. »

    « Si... non, quand. Quand les choses vont commencer à dégénérer, ils ne seront pas prêts. Pas prêts du tout. Kaya, ils vont tomber comme des mouches si l'armée s'en mêler ! Nous étions prêt, armée, et nous avons quand même perdu la rébellion. Ils croient vraiment que quelques dons vaguement offensifs peuvent lutter contre un tank ou une unité militaire entrainée ? »

    « Tu as essayé de leur expliquer... »

    « Et ils n'ont rien écouté ! Ils croient que ce genre de chose ne peut pas arriver ici. Ils croient que ça ne peut pas être pire que ce qu'ils ont vécu... Ils... »
 

Kyllian ferme les yeux. Son ton a recommencé à monter et ses mains à trembler. Les images de la soirée se mélangent dans sa tête avec celles de souvenirs difficiles. Pour contrer l’horreur et la panique qu’elles lui imposent, la colère veut reprendre le dessus. Mais bien qu'il n'y ait plus de danger pour personne s'il perdait le contrôle, dérailler ne servirait à rien. Il doit apprendre à se contrôler. En publique comme en privé, pour un jour parvenir à maitriser la malédiction qui lui sert de pouvoir. Son père le lui a si souvent répéter, et même aujourd’hui, alors qu’il n’entendrait plus jamais la voix de ce dernier, les mots résonnaient dans sa tête comme un rempart à sa folie.

    « Ils n'ont pas vécu ce que toi et moi connaissons. Bien sûr qu'ils ne peuvent pas comprendre ce que tu leur as dit. Ils ont leurs propres expériences, et donc leurs propres motivations et objectifs. Nous ne pouvons pas prétendre comprendre leur réalité non plus en si peu de temps. Apprendre est un long processus, Kyllian. »
 

La voix douce et calme de Kaya ne parvient pas à le réconforter. Il tourne vers elle un regard où vibre une émotion indéfinissable. Douleur, souvenirs, impuissance, désespoir et frustration. Les mots trouvent difficilement leur chemin dans sa gorge.

    « Ils doivent comprendre, Kaya. »

    « Je sais. Mais c'était ta première réunion avec les Rebelles, et ce n'est pas en leur criant dessus comme tu as fait ce soir que tu vas réussir à les convaincre. Kyllian, tu sais que tu as donné une peur bleue à au moins quatre personne là-dedans ? Et je ne parle qu'en partie de ton aura... »

    « Qu'est-ce que j'aurais dû faire ? Rester là les bras croisé en espérant qu'on va réussir à chanter du John Lenon main dans la main avec les gens du Conseil ? Tu sais bien que je ne peux pas faire ça. »
 

Kyllian détourne les yeux et baisse la tête. Kaya prend une grande inspiration puis claque de la langue, changeant subitement d’attitude, revêtant un masque d’autorité. Elle connait trop Kyllian pour tenter de le consoler d’avantage. Ce qu’il a besoin dans ces moments est l’opposé de caresses. S’il en était autrement lorsqu’il était enfant, la vie l’a beaucoup changée. Elle regrette un peu cette époque.

Kaya se lève et s’avance vers la porte.

« Non, je sais. Mais tu dois donc continuer d'essayer de leur expliquer, et de préférence sans foutre le bordel. Maintenant oubli un peu ce qui vient de se passer. Tu n’as rien mangé depuis cet avant-midi et je tu deviens insupportable quand tu as le ventre vide. Il reste un peu de poisson non? »  




Chapitre 1 | Houdson, Texas, 1987

      Daryl Flynt
      178, Grant Street, Perth Amboy
     

    Mon cher ami,
 

J’espère que tu te portes bien. Cela fait plusieurs mois que je n’ai pas eu l’occasion de t’écrire et j’en suis désolé. Je dois t’avouer ne pas avoir eu un moment à moi les derniers temps. Nous avons dû rapidement prendre possession de la maison et terminer les rénovations. Nous avons passé près de ne pas y arriver à temps! Il reste encore plusieurs boites à défaire, et la cours arrière est aussi chaotique que la décharge municipale, mais au moins l’endroit en parfaitement habitable maintenant. Ce n’est pas un palais, ni très grand, mais cela nous suffit amplement.

Je te rassure tout de suite, Dayanara va bien. Malgré les complications qui nous ont tous causés beaucoup d’inquiétudes, la grossesse se passe relativement bien. Néanmoins, nous ne voulions prendre aucun risque et c’est la raison pour laquelle je t’écris depuis Houdson plutôt que de Coatzacoalcos. Le docteur Fernandez a été d’un grand secours au Mexique, mais les installations médicales sont nettement supérieures ici. Nous sommes arrivés avant-hier et résidons présentement dans une petite location près de l’hôpital. Le médecin nous a dit hier que le bébé devrait arriver d’ici deux semaines, si tout se passe bien.

D’ailleurs, après la querelle qui a manqué de peu de déboucher sur un divorce, nous avons – je crois – enfin trouver un nom pour notre fils. Tu vas être content, c’est grâce à toi. Daya a d’abord complètement rejeter ta proposition, mais elle a fini par l’apprécié… à condition d’avoir l’entière responsabilité de son deuxième prénom. Du coup, à moins d’un changement de dernière minute, la prochaine fois que nous nous croiserons, je pourrais fièrement te présenter mon fils, Kyllian Andreas Velázquez Griffin.

Dans un autre registre, je suis heureux d’apprendre dans ta dernière lettre que tu comprends et supporte ma décision. Très peu sont ceux qui l’ont fait. Quitter l’armée était déjà un choc en soi, mais tu sais mieux que personne que j’y songeais depuis longtemps. C’est plutôt ma décision de quitter le pays m’a laissé en froid avec le peu qu’il me reste de famille à Perth Amboy. Mon oncle et ma tante ne m’écrivent plus depuis des mois. Ils n’ont jamais aimé Dayanara, encore moins mon choix de quitter la marine, alors je ne m’attendais pas à mieux. Quant à mon cousin, il est en Europe depuis plus d’un an et ne pourrait pas en avoir moins à faire que si je lui avais dit repeindre ma cuisine en rose! C’est probablement pour le mieux.

En fait, après la marine, rien ne me retenais plus à Perth Amboy, ni aux États-Unis d’ailleurs. Je ne sais toujours pas très bien qu’est-ce que je vais faire ici, mais Dayanara est la seule chose dont je sois certain, et sa vie est ici. Le choix m’est donc apparut comme évident. D’ailleurs, le laboratoire de zoologie pour lequel elle travaille comme biologiste a reçu un financement inespéré. Plusieurs projets sont donc en cours et les choses s’annoncent bien. Je ne veux pas m’avancé, mais si j’arrive à convaincre le patron de Daya, je pourrais bien travailleur pour eux également, comme aide de campement pour les expéditions.

Quand je repense au fait que j’ai rencontré Daya par hasard à Trenton… Elle n’était là que pour moins d’une semaine, dans le cadre d’une conférence importante, et nous y étions pour le mariage de Joël, tu te souviens? Elle était au café en bas de notre hôtel. C’est à toi qu’elle a parlé en premier. Ou plutôt qu’elle a engueulé en premier, lorsque tu as renversé ton bagel au saumon fumé dans son cartable. Je ne te serais jamais assez reconnaissant d’avoir ruiner ses documents.

Bref, je ne parle que de moi... Je suis content d’apprendre que tes plans de reprendre le garage familial se portent bien. Au moins, toi, en quittant la marine, tu avais un plan bien précis en tête! Tu as toujours été beaucoup plus sensé que moi. D’ailleurs, j’espère bien que cette amie dont tu me parle se rendra compte à quel point Daryl Flynth est quelqu’un de bien. Je te le souhaite sincèrement, je regrette seulement ne pas pouvoir être là pour te retourner la même faveur que tu m’as fait à moi avec Daya.

J’espère recevoir de tes nouvelles bientôt, et je te promets de t’appeler dès que Kyllian pointera enfin son nez.

Porte-toi bien et ne fais rien que je ne ferais pas.


    Ton ami,

      Sam Griffin
 


P.S. : Danayara te dis bonjour et me rappelle que je te dois toujours une bouteille de whiskey. Je n’oublie pas.




Chapitre 2 | Coatzacoalcos, Mexique, 1995

    « Est-ce que je peux l’avoir? S’il vous plait! »
 

Kyllian lève des yeux implorants vers ses parents. Alors que son père ne peut retenir un sourire amusé, sa mère fronce les sourcils en mettant les poings sur les hanches.

    « Tu as déjà une montagne de ces figurines à la maison, mi querido. »

    « Mais je n’ai pas encore celle de Batman, tu vois! Papa, dis-lui! »
 

Samuel Griffin lève les mains en l’air en se détournant et lance en s’éloignant vers une autre table du marché :

    « Ne me mêle pas cela et écoute ta mère, garnement. »
 

Les épaules de Kyllian se relâchent avec abattement et il baisse les yeux sur la vieille figurine de plastique qu’il tient entre ses mains. La jeune chienne au pelage cannelle assise à côté de lui couche également les oreilles et le pousse doucement du bout du nez. Devant ce spectacle, Dayanara pousse finalement un grand soupire.

    « Bon. J’imagine qu’on peut bien demander au vendeur combien il en veut… »
 

Le gamin pousse un cri de victoire et s’élance vers le marchand, qui est en pleine discussion avec son père, la chienne sautillant de joie sur ses talons. Sa mère ne peut s’empêcher de sourire en observant la scène.

    « Tu le gâte trop. »
 

La voix vient d’un petit perroquet Conure Soleil, au plumage d’un jaune orangé éclatant, posé sur l’épaule de Dayanara. La femme tourne la tête vers l’oiseau avec un moment d’hésitation. Son sourire disparait subtilement. Ses prochaines paroles sont prononcées mentalement, question de ne pas attirer l’attention des passants. La grande place publique est bondée, à cette heure, et la voir parler à un perroquet de manière sérieuse ne manquerait pas d’attirer l’attention. Déjà que les regards étaient naturellement attirés vers les couleurs vives de son daemon…

    « Je le sais bien, Fuego. Mais j’aime tellement le voir heureux comme ça. J’aimerais pouvoir faire durer le bonheur qu’il vit le plus longtemps possible. Les choses ne seront pas toujours faciles pour lui, comme pour nous. »

    « Kaya le protègera. Contrairement à moi, elle prend de plus en plus l’apparence d’un grand canidé. Elle pourra le protéger contre n’importe quoi, avec tous ces crocs. Moi avec mon bec, je ne suis bon qu’à cassé des noix. »

    « Ho, mon ami, ne dis pas de bêtises. Ce n’est pas réellement ce dont je parlais, tu le sais bien. Et ne te rabaisse pas comme ça, je ne t’échangerais pas contre un requin blanc et toutes ses dents. »
 

Le perroquet émet un petit son, mi concession, mi agacement. Prenant un ton entendu, légèrement prétentieux, il poursuit leur conversation mentale en changeant astucieusement de sujet.

    « Elle se stabilise de plus en plus, tu ne trouves pas? Ces derniers temps, elle prend cette forme de chienne pour les sorties publiques, mais elle ne se transforme plus qu’en coyote ou en louve à la maison. Cela fait des semaines qu’elle n’est plus devenue renarde, qu’elle adorait pourtant avant. Ces très tôt pour se stabiliser ainsi, je trouve. »

    « Mmm… peut-être, mais je crois que c’est bon signe. Elle ne  se transforme plus en d’autres formes car elle est de plus en plus à l’aise dans celles-ci. Cela veut surement dire qu’elle est heureuse. Enfin, je l’espère. »
 

Dayanara fronce les sourcils. La foule du marché est devenue plus dense, lui coupant la vue sur son fils et son mari. Elle étire le cou mais ne parvient toujours pas à les voir.

    « Sam? »
 

Alors qu’elle les cherche parmi la une légère angoisse nait dans sa poitrine. Un mauvais pressentiment. Elle n’aime pas être séparée de son fils dans un lieu public, pour des raisons qu’elle n’arrive pas à faire comprendre complètement à Sam. Des raisons que seul un daemonian peut vraiment comprendre.

Des cris s’élèvent sur sa gauche et la foule se met à s’écarter dans un mouvement de panique. Le cœur de Dayanara ratte un battement.

    […]
 

Kyllian n’a jamais ressenti une douleur aussi vive. Comme si on tentait d’arracher la peau de son torse, une vive déchirure. La panique le submerge et il pousse un hurlement. Le monde vacille autour de lui alors qu’il se débat avec la force du désespoir dans les bras de son père, tendant les bras en direction de Kaya. La daemon est dans un état identique au sien. Roulant des yeux fous, elle lutte contre les mains, beaucoup moins douces, qui la retiennent par la peau du cou tel des serres de rapaces.

Kyllian ne pense plus qu’à réduire la distance qui le séparé de Kaya et faire lâcher prise à l’homme. Il n’entend donc qu’à peine les éclats de voix des gens autour de lui. Même son propre père n’a jamais touché à son daemon. Sa mère avait dit que l’exercice se révèlerait trop douloureux pour lui. Elle avait raison.

Parmi le chaos de sentiments, de douleurs et de sons, Kyllian parvint néanmoins à saisir les paroles de son père.

    « Je vous en prie, monsieur, notre chienne n’est un danger pour personne. »

    « Les chiens errants dans cette ville sont automatiquement amener à l’abattoir, vous le savez très bien! Ce chien n’a ni collier, et n’est pas en laisse. C’est une contravention de loi, monsieur. »
 

Kyllian lève les yeux vers l’autre voix, pour découvrir un policier à l’air sévère. Ce n’est pas lui qui retient Kaya, mais l’un de ses quatre collègues derrière lui. Le jeune garçon vrille ses yeux verts nimbés de larmes dans ceux de l’officier et s’écrit d’une voix brisée :

    « Laissez la partir! Vous lui faites mal! Kaya! »
 

Si ses paroles n’ont aucun effet sur l’homme, elles en ont néanmoins sur la chienne. Kaya redouble d’effort pour se débattre, un grondement sourd montant de sa gorge alors qu’elle montre les crocs. Prenant l’homme qui la retient par surprise, elle parvint à planter ses crocs dans la main de l’homme qui la lâche en poussant un cri de douleur. Aussitôt, la douleur qui déchire le thorax de Kyllian s’estompe et il ouvre les bras pour y recevoir Kaya qui s’y jette en courant. Il enfouie son visage baignée de larmes dans la fourrure de la chienne qui le lèche frénétiquement. Se retrouver était la seule chose qui comptait, et toute à leur soulagement de se retrouver, ils ne comprirent pas tout de suite que les choses avaient empiré.

    « Cette chienne est un danger pour autrui! Lâchez là immédiatement, elle vient avec nous. »

    « Mais, monsieur… »

    « Elle a mordu un officier de police! Maintenant écartez-vous! »
 

L’homme s’avance vers eux et tend la main vers Kyllian pour l’écarter de Kaya. Cette dernière se retourne, toutes dents dehors, et fait claquer ses mâchoires près des doigts de l’homme. De son corps elle barre le chemin au policier, ses yeux enragés et déterminés fixés sur lui avec un grondement menaçant. La colère de l’homme semble alors exploser. Kyllian ne le comprendra que plus tard, mais c’est à ce moment que son pouvoir de daemonian s’est éveillé.

L’officier, le visage déformé par la colère, se recule et sort son arme de service. Alors qu’il la pointe vers Kaya, Kyllian pousse un hurlement qui se mêle à celui de son père. Les gens de la foule s’écartent vivement en poussant des cris de peur et d’horreur. La panique gagne tout le monde.

    « NON! »
 

Le cri s’accompagne d’un éclair de lumière aveuglant alors qu’un jet d’électricité vient percuter la main du policier, qui est projeté au sol en lâchant son arme. Kyllian, le souffle court et s’accrochant désespérément à Kaya, lève des yeux étonnés vers la silhouette qui vient de se poster entre lui et les policiers. Alors qu’il reconnait le visage d’ordinaire si doux et cette longue natte de cheveux noirs, l’onde électrique d’une lumière vive et bleuté autour de ses mains lui est complètement inconnue chez sa mère.

Les cris d’horreurs qui s’étaient amplifier autour d’eau après le déclenchement du pouvoir de Dayanara s’estompent progressivement alors que la place se vide. Les policiers, quant à eux, sont pris autant d’horreur que de surprise, et après s’être vivement reculés, commencent à reprendre leurs esprits.

    « Sam, prend Kyllian et cours. »
 

La voix de Dayanara est étonnamment calme. Devant l’immobilité de son mari, elle se tourne vers eux. Si sa mâchoire est crispée, une froide détermination brille dans ses yeux sombres. Kyllian la voit le regarder quelques instants, puis se faire violence pour vriller ses yeux dans ceux de Sam.

    « COURS! »
 

Kyllian est alors soulevé de terre. Avant qu’il ne comprenne ce qui se passe, il s’éloigne déjà de sa mère. Nouvelle douleur, cette fois entièrement émotive, et il tend les bras vers elle.

    « Maman! Maman! »
 

Mais son père ne ralentit pas. Kyllian est trop en état de choc pour s’apercevoir que des larmes se mettent à couler sur les joues de son père. Kaya court à leurs côtés en lançant des regards anxieux derrière elle. Dans la tête du gamin de 8 ans qu’il est, tout est confus, mais une chose est certaine. Ce qui se passe présentement est dangereux, et il a peur. Il voudrait être de retour avec Kaya, son père et sa mère dans leurs maisons, Tout oublier et recommencer leur journée en mangeant des crêpes et en jouant avec ses figurines de super héros. Dans tout ce chaos, il réalise soudainement qu’il a laissé tomber la petite figurine de Batman sur le sol poussiéreux de la place publique.

Alors qu’il s’engage dans une ruelle attenante, il voit sa mère être encerclée par des policiers, leurs armes à feu pointé sur elle. Fuego, le petit perroquet orangé, s’est envolé de sur son épaule et décrit des cercles anxieux au-dessus de la scène. Au loin, il entend hurler d’innombrables sirènes de polices.

Puis la vue lui est coupée. Le jeune daemonian pleure toujours, alors qu’il lève ses yeux écarquillés vers le ciel. Il aperçoit, au-dessus du bâtiment, le daemon de sa mère qui bat frénétiquement des ailes. Ce dernier pousse un cri perçant quelques secondes avant qu’un vacarme de coup de feu n’emplisse l’air. Son corps est parcouru d’un frisson et il devient silencieux.

Dans le ciel, le petit oiseau s’immobilise et tombe lentement vers le sol.




Chapitre 3 | Désert de Sonora, Mexique, 2004

Une détonation éclate dans l’air immobile du désert, se faisant s’envoler en panique quelques oiseaux d’un buisson avoisinant. Cinq autres coups de feu suivent rapidement le premier, bruit incongru dans ce paysage. La dernière des cibles touchées, toutes atteintes près du centre, se décroche de son appuie sous l’impact et tombe au sol, soulevant un nuage de poussière. Alors que le calme revient étendre ses mains sur la vallée, un jeune homme retire son œil du viseur du vieux rifle Winchester, à 300 mètres de là.

    « Ce dernier coup était particulièrement bien réussi. »
 

Kyllian tourne la tête vers le coyote assis à sa droite. Kaya regarde dans la direction du tir, les oreilles penchées vers l’avant avec une expression sérieuse, tel une experte en la matière. L’image tire un sourire à Kyllian. Même avec toute son intelligence et son ingéniosité, Kaya n’a jamais utilisé une arme, et n’en utilisera jamais. L’idée d’un coyote expert en arme à feu est absurde en soi et n’est pas sans lui rappeler Wile E. Coyote. Cela ne l’empêche pourtant pas d’en connaitre un sacré rayon sur la question, merci à Sam Griffin, à son passé militaire et à sa paranoïa en ce qui concerne la sécurité de son fils.

    « Mmm… Je n’ai pas touché le centre du deuxième et du troisième. »
 

Levant une main en visière, il lance un regard vers la progression du soleil. Il a encore un peu plus d’une heure avant qu’il ne fasse trop sombre pour s’exercer avec le Winchester. Il y a passé la majeure partie de son après-midi, mais honnêtement, il n’a rien de mieux à faire.

Peu importe dans quelle direction il regarde, il n’y a qu’une terre aride, parsemée de buissons secs et de quelques cactus. La vallée dans laquelle ils se trouvent est ceinte au nord par un amont de rochers rouge et ocre qui, baigné d’une lumière oblique et déclinante, offre un contraste saisissant avec l’indigo du ciel de soir.

Déjà 21 jours que cette vallée est devenue synonyme de chez soi. Les deux petites tentes irriguées au pied d’une plateforme rocheuse font office de maison, les lézards et vautours de voisins. Normalement, une jeep complète le trio, mais maintenant, elle se démarque par son absence. Une absence prolongée, d’ailleurs. Après près de deux jours, même les traces qu’elle avait laissées dans le sol près des tentes s’estompent.

L’avant-veille, Sam Griffin est parti à son bord sans donner de date de retour. Kyllian ne s’inquiète pourtant pas. Ces absences sont régulières et il s’y est habitué il y a longtemps. À 17 ans, bien que l’idée puisse paraitre incongrue et faire friser les cheveux sur la tête d’une famille bourgeoise américaine, il ne voit pas d’inconvénient à rester seul dans le désert mexicain. De toute façon, il n’est jamais réellement seul, avec Kaya pour veiller sur lui.

Aucun inconvénient donc, sinon l’ennuie. Mais Sam ne l’a pas laissé les mains vides, lui préparant comme à son habitude un lourd horaire d’exercice physique et d’entrainement en tout genre.

    « Tu dois être prêt » lui répété inlassablement son père pour justifier cet entrainement presque obsessif dont il fait l’objet depuis l’adolescence.
 

Longtemps, ce sujet les avait divisés. Kyllian avait argumenté d’innombrables fois avec son père sur le pourquoi de leur vie différentes. Pourquoi ne pouvait-il pas être un garçon comme les autres? Aller à l’école? Avoir un endroit à appeler maison? Mais depuis la mort de sa mère, sa vie était tout sauf normale.

Depuis cette journée sur la place du marché publique, leur vie était devenue celle de nomades, imposée par la nécessité de survie. Lorsque la police d’un système politique corrompu vous recherche activement, changer d’identité et ne pas s’établir de façon permanant est un impératif. La police est également la cause de leur incapacité à quitter le pays, leurs têtes figurant sur les avis de recherches. Ils survivent donc en travaillant de petits boulots, principalement de constructions. Aussitôt que des questions sur leur passé sont posées, il est temps de changer d’endroit, et tout incident pouvant attirer l’attention sur eux est automatiquement synonyme de départ. Avec le pouvoir de Kyllian qui cause des dégâts… Ces incidents sont réguliers. Cela a rapidement marqué la fin de l’école publique et le début de l’école à distance pour lui. Vers 14 ans, Sam commença sérieusement à lui imposer des entrainements. Survie, combat, maniement des armes… Et le tout dans une ambiance militarisé, Sam reproduisant ce qu’il connait en la matière.

Sam n’a jamais été bon avec les mots, et la mort de Dayanara l’a changé, le rendant plus nerveux, autoritaire, distant. Il reste donc évasif sur ses motifs, tout autant que sur les raisons de ses allés et venus mystérieux. Ce dernier s’absente souvent, le soir et de nuit, parfois quelques jours, laissant Kyllian se débrouiller seul. En vieillissant, Kyllian a compris plus de choses et à cesser d’en vouloir à son père.

Récemment, Sam commença néanmoins à parler de ses mystérieuses disparitions. Il parle d’autres daemonians, d’autre gens comme Kyllian qui doivent vivre dans le secret par peur de répression. Plusieurs daemonians qui s’étaient exposés avaient étés tuer ou avaient été portés disparus. Dayanara n’était pas un cas isolé. Mais selon Sam, des gens s’organisaient en secret pour tenter de changer les choses.

C’est là-bas que Sam est parti, là, maintenant. Ces excursions quotidiennes aident d’ailleurs Sam à supporter la présence de Kyllian. Il le supporte mieux que beaucoup de gens, peut-être à cause de l’habitude ou de son très fort caractère, mais il n’est pas infaillible. Lorsqu’il devient impatiens ou colérique, il s’éloigne, part. Kyllian n’a jamais pu lui en vouloir pour cela. Après tout, son père est la seule présence permanente de sa vie.

En descendant la pente menant vers les cibles de tir en contrebas, Kyllian repense à la raison de sa présence ici, et ses poings se crispent. Une frustration contre lui-même lui fait serrer la mâchoire, et Kaya, sentant sa tension, se rapproche instinctivement de lui.

Cela faisait moins de trois semaines qu’ils étaient dans un petit village au nord de Culiacàn. Tout se passait bien, jusqu’à ce qu’une bagarre éclate dans un café ou Kyllian s’était réfugié un soir, pour échapper à leurs chambre d’hôtel. Son aura envenimant la situation par sa simple présence, l’escalade de violence se fit rapidement. Lorsque l’un des deux hommes avait sorti une arme à feu, Kyllian n’avait pu rester témoin. Il avait sauté sur l’homme pour tenter de le désarmé, et dans leur corps à corps, une détonation était partie d’elle-même, atteignant l’une des serveuses terrorisée au bras. L’homme se figea, horrifié, et Kyllian pu lui retirer l’arme des mains. Déjà, le bruit des sirènes de police se faisait entendre au loin, et Kyllian, sous les regards abasourdis des spectateurs, avait quitté la scène en courant. Lorsqu’il était arrivé à l’hôtel, expliquant brièvement la situation à son père, ils avait rapidement boucler leurs affaires, embarqués dans la jeep et n’avait arrêter que pour faire le plein et acheter quelque chose à manger pendant les deux jours suivants.

Ils ne peuvent se fier au témoignage des gens pour l’innocenter. Son pouvoir brouille négativement tous sentiments et perceptions, et il y a un trop grand risque que certains l’identifient comme le tireur. Ils ne peuvent pas non plus risquer d’être interrogé par la police car un policier pouvait faire le lien entre lui et les avis de recherche. Des années ce sont écoulés depuis l’incident sur le marché public de Coatzacoalcos, mais Sam lui a toujours répéter qu’ils ne peuvent et ne doivent prendre aucune chance. Aucun risque. Le désert avait semblé un lieu assez sécuritaire pour se poser. C’était excessif, mais Kyllian ne discutait plus les ordres et décisions de son père depuis un bon moment.

Ce genre d’évènements n’est pas rare autour de Kyllian. Il y est habitué, et pourtant, l’idée d’être responsable pour tous ces évènements l’enrage de plus en plus. Jeune, il ne comprenait pas et n’était que triste. Aujourd’hui, cela est remplacé par la colère.

Kyllian remet les cibles en places sans dire un mot, puis, le rifle sur l’épaule, retourne vers sa position de tir.



Chapitre 4 | Chetumal, Mexique 2011

Il est à peine 7h00 du matin, mais déjà, le petit restaurent a déjeuner du quartier accueille son lot d’habitué. Kyllian et son père commandent le spécial du jour. Bien qu’il ne la voie pas, Kaya n’est qu’a une quinzaine de mètres d’eux, ronflant au fond de la jeep.

Cherumal est une belle ville. Kyllian, Kaya et son père y sont arrivés tard la veille, et ils ont l’intention d’y rester un moment. Ayant terminé ses études par correspondance, Kyllian travaille maintenant sur différents petits boulots, généralement isolés, en foresterie par exemple, lui permettant de ne pas être en contact avec beaucoup de gens. Mais depuis quelques semaines, il travaille avec son père sur les chantiers.

Alors que Kyllian ouvre la bouche pour poser une question sur leur nouveau contrat à son père, la petite télévision du restaurent change brusquement de chaine sous les protestations des clients. Interloqué, le propriétaire augmente le volume et le silence se fait dans la salle.

À l’écran, une femme que Kyllian reconnu pour l’avoir vu dans une émission de nouvelle nationale mexicaine, fixe la caméra avec une expression est grave. On sent la nervosité dans ses mains.

    « Chers citoyens, désolés d’interrompre notre programmation habituel. Le bureau de la sécurité interne du gouvernement vient d’émettre un communiqué et ce message est retransmit sur toutes les chaines. Cette information est également, en ce moment même transmise dans tous les pays du monde. »
 

Kyllian fronce les sourcils en se redressant sur sa chaise, sa curiosité piquée, mais vaguement inquiet.

    « Une découverte scientifique de la plus haute importance a été faite, révélant l’existence d’une autre race humanoïde, vivant en ce moment même avec nous. Ils se nomment les Daemonians. »
 

Kyllian échappe sa fourchette, qu’il tenait en l’air immobile, alors que son cœur cesse de battre. Le bruit résonne clair et fort dans la sale silencieuse, et il sursaute en lançant un regard nerveux autour de lui. Heureusement, tous les regards sont rivés sur l’écran de télévision.

    « Ils se caractérisent par la présence matérielle de leur âme sous forme physique et animale. Ils possèdent des pouvoirs qui pourraient potentiellement être dangereux pour eux même et la population. Nous n’en savons pas beaucoup plus à l’heure qu’il est et attendons un prochain communiqué du département de protection pour… »
 

Le sang bat si fort aux oreilles de Kyllian qu’il n’entend plus les paroles de la présentatrice. Une décharge d’adrénaline lui hurle de s’enfuir, de prendre ses jambes à son coup, mais il est cloué sur place, la bouche entre-ouverte, tétaniser. Cette révélation pourrait dire tant de chose. La fin de sa fuite éternelle, un début, peut-être, de vie normale, la reconnaissance, cesser de craindre la police… Pourtant il n’y croit pas un seul instant. C’est un tout autre scénario qui se dessine à son esprit. Un scénario où tout ce qu’il a vécu jusqu’à présent n’est qu’un entrainement. Un scénario ou toutes les catastrophes et dangers prophétisé par Sam au cours des quinze dernières années se réalisent.

Son père tourne ses yeux vers lui avec gravité. Dans les murmures des clients du restaurent, Sam se lève et empoigne Kyllian par l’épaule, le forçant à se mettre sur ses pieds. Ses jambes lui semblant aussi raide que du béton. Alors qu’ils franchissent la porte du commerce, la voix de la présentatrice résonne comme un écho lointain à ses oreilles.

    « Le gouvernement vous enjoint à rester calme, et aux Daemonians à se manifester dans les centres de polices de leurs régions. Il vous assure que tout, absolument tout, sera fait pour préserver la sécurité de la population mexicaine. »
 

Kaya s’est réveillée et les regarde s’approcher de la voiture nerveusement. Rapidement, elle lui fait comprendre qu’elle a tout entendu, l’esprit de Kyllian étant une véritable passoire lorsqu’il n’y fait pas attention.

Lorsque le moteur tourne et qu’ils laissent le restaurent derrière eux, Kyllian demande à son père, l’urgence dans la voix :

    « Qu’est-ce qu’ils vont faire avec les Daemons qui vont se présenter à la police? Tu crois qu’ils vont simplement les recensés? »
 

Sam reste muet et Kyllian remarque ses jointures blanchit par la crispation. Non, bien sur que non. Le gouvernement mexicain n’est pas reconnu pour sa clémence envers les différences, et la dernière phrase de la présentatrice sonne comme un glas de mort aux oreilles du jeune garçon.

    « Où allons-nous maintenant? Ça change tout s’ils se mettent à rechercher activement les daemonians. »

    « En effet, cela change tout. Je dois rejoindre certaines personnes au plus vite, mais cette fois, tu viens avec moi. Il est temps que je te les présente. »
 



Chapitre 5 | Sud de Mérida, Mexique 2012

« Pourquoi ne peux-tu pas venir? Tu es l’un de nos meilleurs tireurs, Kyllian. Je suis certaine que je peux parler à Juàn et… »

« Non, Ana, ce ne sera pas nécessaire. C’est moi qui aie demandé à être de garde ce soir. »

« Ah? Pourtant tu déteste rester derrière normalement… »

Kyllian aimerait avoir une bonne explication à lui donner, ou encore mieux, ne pas en avoir du tout et céder a ses arguments. Mais il n’en a aucune et reste silencieux. Une lumière de compréhension se fait dans les yeux sombres d’Ana et elle penche la tête de côté. Un bref sourire compatissant se dessine sur ses lèvres. Kyllian déteste la pitié. Il redresse les épaules, fier, et retourne son regard vert dans le sien, franc et déterminé, bien décidé à ne pas lui donner raison pour sa pitié.

Ana fait signe au groupe de rebelles qui l’attendent pour le départ, à l’extrémité du campement. Lorsqu’elle passe près de lui, elle pose la main sur son bras et Kyllian se raidit, réprimant un mouvement de recul.

« On se voit ce soir alors, ne fait pas de bêtise. »

« Je le surveille, ne t’en fait pas. »

La voix légèrement acerbe de Kaya, qui observe la jeune femme avec un mélange d’agacement et d’amusement, tire un sourire à Ana. Elle retire sa main et s’éloigne. Il l’observe s’éloigner, son daemon sur l’épaule, un minuscule phalanger volant à la fourrure grise et noire.

À peine Ana est-elle assez loin pour ne plus entendre ses paroles, Kaya lance, d’un ton faussement détachée :

« Tu l’apprécie, non? »

Kyllian secoue la tête.

« Ne me dis pas que tu es jalouse? De toute façon, tu sais bien que c’est impossible. »

« Pff. Je ne t’ai pas demandé si tu voulais l’épouser et avoir des gamins avec elle, seulement si tu l’appréciais. Mais si tu le prends comme ça… retournons travailler. Ce n’est pas d’ici que tu voies venir l’ennemi, même s’il était vêtu comme une pop star des années 80. »

Sur ces sages paroles, le jeune coyote se lève et se dirige vers leur premier poste de garde. Kyllian lui emboite le pas, mais pas avant d’avoir lancé un dernier regard vers l’endroit où le groupe d’Ana vient de disparaitre dans la jungle.

En réalité, Ana a eu raison. Il préfère 100 fois partir en mission plutôt que de rester de garde au campement. Pourtant, il n’a pas eu le choix. Ces derniers temps, il passait beaucoup trop de temps en compagnie rapprochée de ses confrères rebelles. Les tensions avaient augmenté, et pas uniquement à cause de la menace que représentait l’armée mexicaine. Avant que son pouvoir ne cause des problèmes, il doit faire un pas en arrière, se contraindre à effectuer des missions solo. Son père aussi l’avait remarqué, et ses regards désapprobateurs appuyés l’avaient poussé à refuser la mission de la journée.

En traversant le camp, Kyllian salue de la tête une femme et ses deux enfants transportant des vivres pour la préparation du diner. L’activité bat son plein, et la petite communauté, après ses quelques mois d’existence, fonctionne déjà comme une roue bien huilée. Le campement en est un de rebelles, combattant la répression sévère du gouvernement Mexicain à l’endroit des Daemonians depuis la révélation de 2011, mais aussi de réfugiés. En dehors des rebelles actifs, un peu plus d’une quarantaine de personnes habitent dans le camp. Personnes âgées, jeunes familles, adolescents seuls… Tous des Daemonians ayant été forcé de quitter leur domicile pour fuir la police ou l’armée.

Jusque-là, la jungle leur a offert un sanctuaire peut-être peu hospitalier, mais fort efficace. Les autorités ne parviennent pas à les retracer dans la danse végétation, et les combats se déroulent loin du campement là où les Rebelles planifient les déclencher. Ils ne peuvent qu’espérer que la situation continue d’être aussi favorable en leur faveur.

La nouvelle de l’existence des daemons avait, entre autre, déclencher la mise en mouvement du plan d’action de ce regroupement rebelle, dont faisait partie son père avant la révélation. De groupe d’offensive, résistant par les armes aux arrestations de masse et aux disparitions mystérieuses de daemonians dans des camps, ils étaient devenus également refuge.

En effet, une panique générale avait suivi l’annonce. Animer par une campagne de peur gouvernementale, parents, amis et voisins dénoncent maintenant les daemonians mexicains partout à travers le pays. Ceux qui se rendent d’eux-mêmes à la police, comme demander par les autorités, sont placés sous haute surveillance ou emmener dans des camps pour évaluer leur condition, un peu à la manière d’une épidémie. La réalité de ces camps était tout autre que celle idyllique et sécuritaire présenter à la télévision. Ceux qui ne se livrent pas d’eux même sont automatiquement considérer comme criminels, et une chasse aux sorcières d’une ampleur incroyable se joue depuis un an. Enlèvement, disparition, meurtre… et le tout dans l’optique du bien publique.

Les confrontations sont donc fréquentes. L’armée les recherche activement comme criminels de première importance, mettant pourtant un soin tout particulier à cacher leur existence aux yeux de la population. L’une des principales activités des rebelles, outre les combats fréquents, est la diffusion d’informations confidentielles sur l’armée, les camps et les agissements politiques dans le but de faire renverser l’opinion publique. Succès passablement mitigé jusque-là.

Atteignant son poste de garde, à distance de vue du campement, Kyllian grimpe dans la cache en hauteur, perchée dans un grand arbre. De là, il a une vue imprenable, malgré la dense végétation, sur plus de la moitié du campement et de ses alentours. Quatre autres vigies sont placées autour du camp.

Il vérifie que son arme soit bien chargé puis lance un rapide signal mental à Kaya, restés au sol, comme quoi il est paré. Il la voit ensuite s’engouffré dans la jungle, partant pour sa ronde de reconnaissance autour de leur poste de garde. Se retrouvant enfin seul, Kyllian peux souffler. Il n’est pas habitué à vivre en communauté. Ses souvenirs de sa vie d’avant, avec sa mère, sont si lointains qu’ils lui semblent irréels. Autant il n’a aucun problème à survivre seul des jours dans le désert ou la jungle hostile, à manier fusil ou couteau, autant il manque cruellement de compétences sociales.

Malgré tout, il s’est fait des amis ici. Une nouvelle famille ainsi qu’une cause pour laquelle se battre. Il se sent si près de tous les membres de la rébellion, même de ceux qu’il ne connait que de nom, que cela l’inquiète. Son pouvoir pèse d’autant plus sur ses épaules, et puis il y a son père.

Depuis toujours, la présence de Kyllian et de son aura ont des effets négatifs sur le vétéran. Accès de colère, amplification de la douleur de la perte de sa femme, mais aussi des migraines intenses. Avant, lorsque la situation devenait insoutenable, Sam partait quelques jours, s’éloignant, et revenant lorsque les symptômes s’étaient soulagés. Également, plus jeune, son pouvoir semblait moins intense, n’agissant pas de façon perpétuelle, mais uniquement par vague, mais depuis que son daemon s’est stabilisé, son aura n’a fait que croitre, jusqu’à devenir omniprésente. Malgré tous ses efforts, Kyllian n’a que très peu de contrôle dessus et n’arrive seulement qu’à en diminuer un peu l’intensité en tentant de rester calme et en s’éloignant, comme maintenant. Les effets à long termes se font donc de plus en plus voir chez Sam. Son humeur est continuellement mise à mal et il est de plus en plus agressif. Ses migraines sont également plus fréquentes et violentes.

La seule solution possible est donc l’éloignement, et bien qu’ils vivent dans le même campement, Kyllian ne voit presque plus son père. Ils mangent parfois ensemble le soir. Sans plus. Cette semi absence pèse beaucoup plus lourd sur les épaules de Kyllian qu’il n’ose l’avouer.

Un bruissement dans les feuillages en contrebas lui fait redresser vivement la tête et l’arrache à ses réflexions. Ses épaules se relâchent aussitôt lorsqu’il aperçoit une jeune fille qui ne doit pas avoir plus de trois ans apparaitre au pied de l’arme, hilare, poursuivit par un petit Fennec à grandes oreilles. Le jeune homme sourit et rabaisse son arme.

[…]

C’est le bruit de la bombe qu’il identifie en premier, avant de se rendre compte qu’il est au sol, étendue dans les feuilles humides, et non plus sur son perchoir. Kyllian tente de se relever, mais manque d’équilibre. Sa jambe lui fait mal, mais en bougeant un peu, il sait qu’elle n’est pas brisée.

Le jeune daemonian cherche à tâtons son arme dans la pénombre du soir. Elle ne doit pas être tombée très loin… Là. Sur sa gauche. Secouant la tête, il parvient à se redresser, tanguant, alors que les sons assourdis recommencent lentement à vivre, étouffés comme lorsque votre tête est sous l’eau.

Il perçoit les cris en premier. Le son des mitraillettes ensuite.

Un bref regard à l’entour, maintenant que ses yeux sont habitués à l’obscurité, lui indique que la bombe a éclatée à quelques mètres de l’arbre, qui tient miraculeusement encore debout. Des décombres d’une ou plusieurs tentes sont éparpillés partout.

Kyllian se rue en avant, vers le campement, Dans sa tête, plus perceptible que tout autre son, la voix de Kaya lui hurle son nom, prise de panique. Il la rassure brièvement. Elle revient vers lui a la course et devrait être là d’un instant à l’autre.

Entrant dans le camp en trombe, il manque de peu de se faire criblé de balles, et ne doit qu’à ses réflexes de sa cacher derrière un tronc d’arbre. Empoignant son fusil, il se retourne vers ses assaillants. Une quinzaine de militaires, tout au plus, sans véhicule, mais lourdement armés. Comment ont-ils trouvés le campement? Y a t’il eut une fuite d’information? Mais peu importe. Aucune réponse ne peut changer ses prochaines décisions. Kaya se retrouve soudain à ses côtés, et d’un accord tactique, ils entrent dans la bataille.

Alors qu’il tire en direction des militaires, un groupe d’une douzaine de réfugiés, dont plusieurs enfants, tombent face à face à lui, après avoir longés des tentes à couverts. D’abord terrorisés, un soupir de soulagement s’échappe du groupe lorsqu’ils le reconnaissent. Kyllian serre les dents et leur fait signe de rester à couvert et d’attendre son signal. Il lance un bref regard à Kaya, qui comprend aussitôt et va se placer aux cotés de l’homme qui guide le petit groupe. Kyllian s’élance à découvert, tirant aveuglément dans la direction de ses ennemis afin de faire diversion, et hurle à l’intention du groupe :

« Courez! Dans la forêt! Vite! »

Les réfugiés se ruent derrière lui, suivant Kaya qui les guide à travers la forêt, vers la sécurité.

Les minutes s’enchainent, aussi rapides qu’un battement d’aile d’oiseau mouche, mais pourtant lui paraissant plus longues que des jours. Entre cœur battant, adrénaline, réflexes et chaos visuel comme auditif, Kyllian dirige à l’aide de Kaya plusieurs autres réfugiés terrorisés et hurlant d’horreur vers la sécurité temporaire de la jungle. Les rafales de balles sont presque perpétuelles. Plusieurs personnes tombent, blessées ou tuées. Deux autres détonations de bombes, beaucoup plus petites que la première, se font à un moment entendre. Une fumée intense et suffocante se répand à l’explosion de la deuxième. Le sol est un mélange de boue et de sang, et Kyllian essai de ne pas regarder les visages figés à jamais de ceux à qui il appartient.

Le silence revient un peu sur le campement, alors que les hurlements se taisent et que les balles se ralentissent. Ceux qui n’ont pas été abattus des réfugiés ont quittés le camp, il ne reste plus que les militaires et la maigre défense du campement. Plusieurs sont désormais tombés, et les quelques militaires restants se sont réfugiés à couvert des arbres.

Le sang quitte momentanément son visage, alors qu’il comprend qu’ils ne sont plus que deux rebelles armés face à une dizaine de militaires pour défendre le camp. Le camp est perdu. Sa respiration s’accélère, incontrôlable, et ses mains lui semblent glaciales, engourdies.

L’autre rebelle, en venant aux mêmes conclusions que Kyllian, s’approche à couvert de lui et lui souffle rapidement :

« Va rejoindre les réfugiés, le plus rapidement possible. Je te couvre. »

« Quoi? Non, c’est du suici… »

Mais l’autre est déjà debout et se met à tirer dans la direction des militaires.

« Venez me cherchez, lâches! »

Kyllian se lève à sa suite, horrifié, pour tenter de le rattraper mais aussitôt, l’un des tireurs ennemis ouvre le feu. L’autre rebelle ouvre les bras et lâche son arme. Kyllian ouvre la bouche pour crier son nom, mais le son est couvert sous les balles. Il attrape le corps de son compagnon dans ses bras et tombe à la renverse, déséquilibré, lorsqu’une vive douleur lui coupe le souffle. Il est touché lui aussi. Il s’écroule au sol alors que le monde vacille dangereusement autour de lui.

La voix paniquée de Kaya dans sa tête lui permet de reprendre rapidement contact avec la réalité et de rouler sur le côté, à l’abri d’un arbre, l’empêchant d’être tué à son tour. Son bras lui semble sur le point d’exploser, et alors qu’il porte la main à son épaule blessée, constate qu’il est couvert de son sang ainsi que de celui de son compagnon tombé au combat. Les tremblements reprennent et il ferme les yeux pour tenter de se contrôler, se calmer, réfléchir… Il doit se sortir de là, survivre, rejoindre les réfugiés, alerté le reste des troupes rebelles…

« Maman… maman… »

Kyllian ouvre les yeux, et à sa grande horreur voit devant lui la jeune fille de trois ans au daemon fennec, accroupie dans les décombres d’une petite construction. Les joues baignées de larmes, elle est recroquevillée près d’un corps immobile d’une femme.

Kyllian entend des bruits de pas et les voix des militaires se rapprocher lentement. Serrant les dents sous la douleur de son épaule, il se redresse rapidement et tire à l’aveuglette pour tenter de ralentir leur progression. Des cris s’élèvent, puis une canette roule devant lui. Kyllian n’a le temps que de sauter en avant et la canette explose dans un nuage de fumée lacrymogène.

Le daemonian se rue en avant, attrape la jeune fille qui hurle de terreur, puis fonce directement vers la forêt. La douleur dans son bras lui fait tourner la tête, mais il se force à resserrer sa prise autour du petit corps de l’enfant. Sa vision aussi se trouble mais il secoue la tête et continue de courir.

La petite fille ne cesse d’hurler et de se débattre, tentant de lui échapper, de plus en plus en proie à la panique. Ajouter à sa peine et sa peur causé par l’attaque, elle a maintenant une peur irrationnelle de lui. En ce moment, le pouvoir de Kyllian est complètement débridé. Sous le choc, l’horreur, la douleur… il prend une ampleur qu’il n’a encore jamais connu et qu’il ne contrôle pas. Dans sa confusion, il lui semble le sent courir sur ses bras, comme des griffes froides et meurtrières.

Au bout d’un moment qui lui semble une éternité, uniquement guider par les indications de Kaya dans sa tête, Kyllian débouche enfin sur le point de rassemblement des réfugiés au même instant que le reste des rebelles, aux alertes. Kyllian ne ralentit pas l’allure et s’écrie :

« ANA! »

La jeune femme se rue vers lui, et avant qu’elle n’ait pu ouvrir la bouche pour lui poser la moindre question, Kyllian lui met la jeune fille dans les bras, puis recule de plusieurs pas avant de chanceler et de tomber à genoux au sol. Les réfugiés les plus près s’éloignent prestement de lui, pris d’un sentiment de peur qui en fait crier quelques-uns, comme s’il était lui-même une bombe prête à exploser. Il porte une main à son épaule et Ana ouvre de grands yeux en faisant un pas vers lui.

« Ne t’approche pas… »

Kyllian serre les dents et se redresse avec peine. De son bras valide, il pointe dans la direction du campement et dit d’une voix forte, aussi assurée que possible :

« Une dizaine de militaire. Ils ne tarderont pas à nous retrouver. Allez-y maintenant! »

Seule Ana hésite un instant. Moins d’une minute plus tard, les coups de feu se font entendre de nouveau dans la forêt. Plusieurs rebelles armés sont restés avec les réfugiés pour les protéger.

Kyllian s’éloigne rapidement seul, uniquement suivit de Kaya. Lorsqu’il juge être à distance sécuritaire pour ne plus influencer personne de son aura, il s’arrête, tente de prendre appuie contre un arbre mais un haut de cœur le saisit et il doit se pencher pour vomir. Tremblant, il s’assoie ensuite au sol, et à l’aide de ses vêtements, panse sommairement sa plaie. Dans un ruisseau, il tente frénétiquement d’essuyer le sang qui lui tâche les mains. Il frotte si fort qu’il se fait mal.

Kyllian ramène ses genoux contre sa poitrine et les entoures de ses bras. Il tremble compulsivement, se balançant d’avant en arrière. Longtemps, il reste là à tenter de se calmer. À tenter de calmer son aura pour ne blesser personne.

Qu’il garde les yeux ouverts ou qu’il les ferme, il ne voit que les images du combat. Les corps de ses amis au sol. Leurs yeux vides. Le sang, les décombres, les blessures. Il n’entend que les cris, les détonations…

Longtemps, ses images vont le hanter.

Dans chacune de ses nuits.




Chapitre 6 | Sierra Madre Occidentale, Mexique 2013
Un an a passé. Et pourtant, les cauchemars n’ont pas cessés.

Leur campement découvert et détruit, la rébellion a dû changer de place et se trouve désormais bien isolés dans la Sierra Madre Occidentale. Affaiblit, il leur a fallu plusieurs mois avant de récupérer leurs forces, mais maintenant, ils sont aussi fort, sinon plus qu’avant.

Les combats se portent désormais directement aux places fortes des autorités mexicaines, ou près des centres de détentions des daemons. Leur but n’est plus uniquement d’opposé une résistance, mais de libérer les daemonians fait prisonniers.

C’est d’une de ces missions que Kyllian et Kaya reviennent.

« Pour la centième fois, je te dis que ça va aller. Je me contrôle parfaitement. »

Agacée, elle lance un regard agacé, presque courroucé, à Kyllian.

Alors qu’ils escaladent le flanc de montagne en direction du campement, Kyllian a une nouvelle fois exposé ses réticences à la jeune femme.

« Ce n’est pas en toi que je n’ai pas confiance, Ana. »

Elle pousse un soupir exaspérer puis s’arrête brusquement. Elle se retourne vers lui, l’empoigne par le collet et plaque sa bouche contre la sienne. Surpris, Kyllian reste figé. Lorsqu’elle le libère, une étrange lueur brille un instant dans ses prunelles, mais elle cligne rapidement des yeux, lui offrant un sourire.

« Je suis sérieuse, Kyllian. Je vais bien, je me contrôle. Je ne veux plus t’entendre douter de cela, c’est compris? »

Sur ce, elle se détourne et continue à escalader. D’abord perplexe et inquiet, Kyllian ne peut s’empêcher de sourire bêtement. Jamais il n’a cru possible de trouver quelqu’un prêt à combattre son pouvoir ou y résister afin d’être avec lui. Encore moins celle dont il était amoureux depuis si longtemps.

Son sentiment soudain de légèreté et de bonheur est cependant rapidement étouffé, alors qu’ils parviennent au campement rebelle. Leur opération du jour était un succès, mais un détail majeur restait à régler.

Depuis plusieurs mois, une jeune daemonian, captive de l’armée, était forcée à combattre contre la rébellion. Son pouvoir en étant un d’annulation, il rendait les rebelles vulnérables, leur coupant de leurs capacités spéciales qui couvraient jusque-là leur désavantage de force et de nombre vis-à-vis l’armée. Ils avaient tenté à plusieurs reprises de la libérer, sans succès, mais cette fois, ils avaient réussis à localiser son daemon, que les militaires gardait captif quelque part dans les environ des combats, puis à le libérer. La daemonian, nommée Areli Nora, avait alors cessé de bloquer l’accès au pouvoir des forces rebelles. Ils avaient réussis à s’enfuir in extrémis.

Une réussite, sinon que dans leur retraite, ils avaient été contraint de faire prisonnier l’un des militaires. Au cœur des montagnes, en marges du campement
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MessageSujet: Re: Test de longueur de message Mer 18 Nov - 16:57
Chapitre 2 | Coatzacoalcos, Mexique, 1995

    « Est-ce que je peux l’avoir? S’il vous plait! »


Kyllian lève des yeux implorants vers ses parents. Alors que son père ne peut retenir un sourire amusé, sa mère fronce les sourcils en mettant les poings sur les hanches.

    « Tu as déjà une montagne de ces figurines à la maison, mi querido. »

    « Mais je n’ai pas encore celle de Batman, tu vois! Papa, dis-lui! »


Samuel Griffin lève les mains en l’air en se détournant et lance en s’éloignant vers une autre table du marché :

    « Ne me mêle pas cela et écoute ta mère, garnement. »


Les épaules de Kyllian se relâchent avec abattement et il baisse les yeux sur la vieille figurine de plastique qu’il tient entre ses mains. La jeune chienne au pelage cannelle assise à côté de lui couche également les oreilles et le pousse doucement du bout du nez. Devant ce spectacle, Dayanara pousse finalement un grand soupire.

    « Bon. J’imagine qu’on peut bien demander au vendeur combien il en veut… »


Le gamin pousse un cri de victoire et s’élance vers le marchand, qui est en pleine discussion avec son père, la chienne sautillant de joie sur ses talons. Sa mère ne peut s’empêcher de sourire en observant la scène.

    « Tu le gâte trop. »


La voix vient d’un petit perroquet Conure Soleil, au plumage d’un jaune orangé éclatant, posé sur l’épaule de Dayanara. La femme tourne la tête vers l’oiseau avec un moment d’hésitation. Son sourire disparait subtilement. Ses prochaines paroles sont prononcées mentalement, question de ne pas attirer l’attention des passants. La grande place publique est bondée, à cette heure, et la voir parler à un perroquet de manière sérieuse ne manquerait pas d’attirer l’attention. Déjà que les regards étaient naturellement attirés vers les couleurs vives de son daemon…

    « Je le sais bien, Fuego. Mais j’aime tellement le voir heureux comme ça. J’aimerais pouvoir faire durer le bonheur qu’il vit le plus longtemps possible. Les choses ne seront pas toujours faciles pour lui, comme pour nous. »

    « Kaya le protègera. Contrairement à moi, elle prend de plus en plus l’apparence d’un grand canidé. Elle pourra le protéger contre n’importe quoi, avec tous ces crocs. Moi avec mon bec, je ne suis bon qu’à cassé des noix. »

    « Ho, mon ami, ne dis pas de bêtises. Ce n’est pas réellement ce dont je parlais, tu le sais bien. Et ne te rabaisse pas comme ça, je ne t’échangerais pas contre un requin blanc et toutes ses dents. »


Le perroquet émet un petit son, mi concession, mi agacement. Prenant un ton entendu, légèrement prétentieux, il poursuit leur conversation mentale en changeant astucieusement de sujet.

    « Elle se stabilise de plus en plus, tu ne trouves pas? Ces derniers temps, elle prend cette forme de chienne pour les sorties publiques, mais elle ne se transforme plus qu’en coyote ou en louve à la maison. Cela fait des semaines qu’elle n’est plus devenue renarde, qu’elle adorait pourtant avant. Ces très tôt pour se stabiliser ainsi, je trouve. »

    « Mmm… peut-être, mais je crois que c’est bon signe. Elle ne se transforme plus en d’autres formes car elle est de plus en plus à l’aise dans celles-ci. Cela veut surement dire qu’elle est heureuse. Enfin, je l’espère. »


Dayanara fronce les sourcils. La foule du marché est devenue plus dense, lui coupant la vue sur son fils et son mari. Elle étire le cou mais ne parvient toujours pas à les voir.

    « Sam? »


Alors qu’elle les cherche parmi la une légère angoisse nait dans sa poitrine. Un mauvais pressentiment. Elle n’aime pas être séparée de son fils dans un lieu public, pour des raisons qu’elle n’arrive pas à faire comprendre complètement à Sam. Des raisons que seul un daemonian peut vraiment comprendre.

Des cris s’élèvent sur sa gauche et la foule se met à s’écarter dans un mouvement de panique. Le cœur de Dayanara ratte un battement.

    […]


Kyllian n’a jamais ressenti une douleur aussi vive. Comme si on tentait d’arracher la peau de son torse, une vive déchirure. La panique le submerge et il pousse un hurlement. Le monde vacille autour de lui alors qu’il se débat avec la force du désespoir dans les bras de son père, tendant les bras en direction de Kaya. La daemon est dans un état identique au sien. Roulant des yeux fous, elle lutte contre les mains, beaucoup moins douces, qui la retiennent par la peau du cou tel des serres de rapaces.

Kyllian ne pense plus qu’à réduire la distance qui le séparé de Kaya et faire lâcher prise à l’homme. Il n’entend donc qu’à peine les éclats de voix des gens autour de lui. Même son propre père n’a jamais touché à son daemon. Sa mère avait dit que l’exercice se révèlerait trop douloureux pour lui. Elle avait raison.

Parmi le chaos de sentiments, de douleurs et de sons, Kyllian parvint néanmoins à saisir les paroles de son père.

    « Je vous en prie, monsieur, notre chienne n’est un danger pour personne. »

    « Les chiens errants dans cette ville sont automatiquement amener à l’abattoir, vous le savez très bien! Ce chien n’a ni collier, et n’est pas en laisse. C’est une contravention de loi, monsieur. »


Kyllian lève les yeux vers l’autre voix, pour découvrir un policier à l’air sévère. Ce n’est pas lui qui retient Kaya, mais l’un de ses quatre collègues derrière lui. Le jeune garçon vrille ses yeux verts nimbés de larmes dans ceux de l’officier et s’écrit d’une voix brisée :

    « Laissez la partir! Vous lui faites mal! Kaya! »


Si ses paroles n’ont aucun effet sur l’homme, elles en ont néanmoins sur la chienne. Kaya redouble d’effort pour se débattre, un grondement sourd montant de sa gorge alors qu’elle montre les crocs. Prenant l’homme qui la retient par surprise, elle parvint à planter ses crocs dans la main de l’homme qui la lâche en poussant un cri de douleur. Aussitôt, la douleur qui déchire le thorax de Kyllian s’estompe et il ouvre les bras pour y recevoir Kaya qui s’y jette en courant. Il enfouie son visage baignée de larmes dans la fourrure de la chienne qui le lèche frénétiquement. Se retrouver était la seule chose qui comptait, et toute à leur soulagement de se retrouver, ils ne comprirent pas tout de suite que les choses avaient empiré.

    « Cette chienne est un danger pour autrui! Lâchez là immédiatement, elle vient avec nous. »

    « Mais, monsieur… »

    « Elle a mordu un officier de police! Maintenant écartez-vous! »


L’homme s’avance vers eux et tend la main vers Kyllian pour l’écarter de Kaya. Cette dernière se retourne, toutes dents dehors, et fait claquer ses mâchoires près des doigts de l’homme. De son corps elle barre le chemin au policier, ses yeux enragés et déterminés fixés sur lui avec un grondement menaçant. La colère de l’homme semble alors exploser. Kyllian ne le comprendra que plus tard, mais c’est à ce moment que son pouvoir de daemonian s’est éveillé.

L’officier, le visage déformé par la colère, se recule et sort son arme de service. Alors qu’il la pointe vers Kaya, Kyllian pousse un hurlement qui se mêle à celui de son père. Les gens de la foule s’écartent vivement en poussant des cris de peur et d’horreur. La panique gagne tout le monde.

    « NON! »


Le cri s’accompagne d’un éclair de lumière aveuglant alors qu’un jet d’électricité vient percuter la main du policier, qui est projeté au sol en lâchant son arme. Kyllian, le souffle court et s’accrochant désespérément à Kaya, lève des yeux étonnés vers la silhouette qui vient de se poster entre lui et les policiers. Alors qu’il reconnait le visage d’ordinaire si doux et cette longue natte de cheveux noirs, l’onde électrique d’une lumière vive et bleuté autour de ses mains lui est complètement inconnue chez sa mère.

Les cris d’horreurs qui s’étaient amplifier autour d’eau après le déclenchement du pouvoir de Dayanara s’estompent progressivement alors que la place se vide. Les policiers, quant à eux, sont pris autant d’horreur que de surprise, et après s’être vivement reculés, commencent à reprendre leurs esprits.

    « Sam, prend Kyllian et cours. »


La voix de Dayanara est étonnamment calme. Devant l’immobilité de son mari, elle se tourne vers eux. Si sa mâchoire est crispée, une froide détermination brille dans ses yeux sombres. Kyllian la voit le regarder quelques instants, puis se faire violence pour vriller ses yeux dans ceux de Sam.

    « COURS! »


Kyllian est alors soulevé de terre. Avant qu’il ne comprenne ce qui se passe, il s’éloigne déjà de sa mère. Nouvelle douleur, cette fois entièrement émotive, et il tend les bras vers elle.

    « Maman! Maman! »


Mais son père ne ralentit pas. Kyllian est trop en état de choc pour s’apercevoir que des larmes se mettent à couler sur les joues de son père. Kaya court à leurs côtés en lançant des regards anxieux derrière elle. Dans la tête du gamin de 8 ans qu’il est, tout est confus, mais une chose est certaine. Ce qui se passe présentement est dangereux, et il a peur. Il voudrait être de retour avec Kaya, son père et sa mère dans leurs maisons, Tout oublier et recommencer leur journée en mangeant des crêpes et en jouant avec ses figurines de super héros. Dans tout ce chaos, il réalise soudainement qu’il a laissé tomber la petite figurine de Batman sur le sol poussiéreux de la place publique.

Alors qu’il s’engage dans une ruelle attenante, il voit sa mère être encerclée par des policiers, leurs armes à feu pointé sur elle. Fuego, le petit perroquet orangé, s’est envolé de sur son épaule et décrit des cercles anxieux au-dessus de la scène. Au loin, il entend hurler d’innombrables sirènes de polices.

Puis la vue lui est coupée. Le jeune daemonian pleure toujours, alors qu’il lève ses yeux écarquillés vers le ciel. Il aperçoit, au-dessus du bâtiment, le daemon de sa mère qui bat frénétiquement des ailes. Ce dernier pousse un cri perçant quelques secondes avant qu’un vacarme de coup de feu n’emplisse l’air. Son corps est parcouru d’un frisson et il devient silencieux.

Dans le ciel, le petit oiseau s’immobilise et tombe lentement vers le sol.




Chapitre 3 | Désert de Sonora, Mexique, 2004

Une détonation éclate dans l’air immobile du désert, se faisant s’envoler en panique quelques oiseaux d’un buisson avoisinant. Cinq autres coups de feu suivent rapidement le premier, bruit incongru dans ce paysage. La dernière des cibles touchées, toutes atteintes près du centre, se décroche de son appuie sous l’impact et tombe au sol, soulevant un nuage de poussière. Alors que le calme revient étendre ses mains sur la vallée, un jeune homme retire son œil du viseur du vieux rifle Winchester, à 300 mètres de là.

    « Ce dernier coup était particulièrement bien réussi. »


Kyllian tourne la tête vers le coyote assis à sa droite. Kaya regarde dans la direction du tir, les oreilles penchées vers l’avant avec une expression sérieuse, tel une experte en la matière. L’image tire un sourire à Kyllian. Même avec toute son intelligence et son ingéniosité, Kaya n’a jamais utilisé une arme, et n’en utilisera jamais. L’idée d’un coyote expert en arme à feu est absurde en soi et n’est pas sans lui rappeler Wile E. Coyote. Cela ne l’empêche pourtant pas d’en connaitre un sacré rayon sur la question, merci à Sam Griffin, à son passé militaire et à sa paranoïa en ce qui concerne la sécurité de son fils.

    « Mmm… Je n’ai pas touché le centre du deuxième et du troisième. »


Levant une main en visière, il lance un regard vers la progression du soleil. Il a encore un peu plus d’une heure avant qu’il ne fasse trop sombre pour s’exercer avec le Winchester. Il y a passé la majeure partie de son après-midi, mais honnêtement, il n’a rien de mieux à faire.

Peu importe dans quelle direction il regarde, il n’y a qu’une terre aride, parsemée de buissons secs et de quelques cactus. La vallée dans laquelle ils se trouvent est ceinte au nord par un amont de rochers rouge et ocre qui, baigné d’une lumière oblique et déclinante, offre un contraste saisissant avec l’indigo du ciel de soir.

Déjà 21 jours que cette vallée est devenue synonyme de chez soi. Les deux petites tentes irriguées au pied d’une plateforme rocheuse font office de maison, les lézards et vautours de voisins. Normalement, une jeep complète le trio, mais maintenant, elle se démarque par son absence. Une absence prolongée, d’ailleurs. Après près de deux jours, même les traces qu’elle avait laissées dans le sol près des tentes s’estompent.

L’avant-veille, Sam Griffin est parti à son bord sans donner de date de retour. Kyllian ne s’inquiète pourtant pas. Ces absences sont régulières et il s’y est habitué il y a longtemps. À 17 ans, bien que l’idée puisse paraitre incongrue et faire friser les cheveux sur la tête d’une famille bourgeoise américaine, il ne voit pas d’inconvénient à rester seul dans le désert mexicain. De toute façon, il n’est jamais réellement seul, avec Kaya pour veiller sur lui.

Aucun inconvénient donc, sinon l’ennuie. Mais Sam ne l’a pas laissé les mains vides, lui préparant comme à son habitude un lourd horaire d’exercice physique et d’entrainement en tout genre.

    « Tu dois être prêt » lui répété inlassablement son père pour justifier cet entrainement presque obsessif dont il fait l’objet depuis l’adolescence.


Longtemps, ce sujet les avait divisés. Kyllian avait argumenté d’innombrables fois avec son père sur le pourquoi de leur vie différentes. Pourquoi ne pouvait-il pas être un garçon comme les autres? Aller à l’école? Avoir un endroit à appeler maison? Mais depuis la mort de sa mère, sa vie était tout sauf normale.

Depuis cette journée sur la place du marché publique, leur vie était devenue celle de nomades, imposée par la nécessité de survie. Lorsque la police d’un système politique corrompu vous recherche activement, changer d’identité et ne pas s’établir de façon permanant est un impératif. La police est également la cause de leur incapacité à quitter le pays, leurs têtes figurant sur les avis de recherches. Ils survivent donc en travaillant de petits boulots, principalement de constructions. Aussitôt que des questions sur leur passé sont posées, il est temps de changer d’endroit, et tout incident pouvant attirer l’attention sur eux est automatiquement synonyme de départ. Avec le pouvoir de Kyllian qui cause des dégâts… Ces incidents sont réguliers. Cela a rapidement marqué la fin de l’école publique et le début de l’école à distance pour lui. Vers 14 ans, Sam commença sérieusement à lui imposer des entrainements. Survie, combat, maniement des armes… Et le tout dans une ambiance militarisé, Sam reproduisant ce qu’il connait en la matière.

Sam n’a jamais été bon avec les mots, et la mort de Dayanara l’a changé, le rendant plus nerveux, autoritaire, distant. Il reste donc évasif sur ses motifs, tout autant que sur les raisons de ses allés et venus mystérieux. Ce dernier s’absente souvent, le soir et de nuit, parfois quelques jours, laissant Kyllian se débrouiller seul. En vieillissant, Kyllian a compris plus de choses et à cesser d’en vouloir à son père.

Récemment, Sam commença néanmoins à parler de ses mystérieuses disparitions. Il parle d’autres daemonians, d’autre gens comme Kyllian qui doivent vivre dans le secret par peur de répression. Plusieurs daemonians qui s’étaient exposés avaient étés tuer ou avaient été portés disparus. Dayanara n’était pas un cas isolé. Mais selon Sam, des gens s’organisaient en secret pour tenter de changer les choses.

C’est là-bas que Sam est parti, là, maintenant. Ces excursions quotidiennes aident d’ailleurs Sam à supporter la présence de Kyllian. Il le supporte mieux que beaucoup de gens, peut-être à cause de l’habitude ou de son très fort caractère, mais il n’est pas infaillible. Lorsqu’il devient impatiens ou colérique, il s’éloigne, part. Kyllian n’a jamais pu lui en vouloir pour cela. Après tout, son père est la seule présence permanente de sa vie.

En descendant la pente menant vers les cibles de tir en contrebas, Kyllian repense à la raison de sa présence ici, et ses poings se crispent. Une frustration contre lui-même lui fait serrer la mâchoire, et Kaya, sentant sa tension, se rapproche instinctivement de lui.

Cela faisait moins de trois semaines qu’ils étaient dans un petit village au nord de Culiacàn. Tout se passait bien, jusqu’à ce qu’une bagarre éclate dans un café ou Kyllian s’était réfugié un soir, pour échapper à leurs chambre d’hôtel. Son aura envenimant la situation par sa simple présence, l’escalade de violence se fit rapidement. Lorsque l’un des deux hommes avait sorti une arme à feu, Kyllian n’avait pu rester témoin. Il avait sauté sur l’homme pour tenter de le désarmé, et dans leur corps à corps, une détonation était partie d’elle-même, atteignant l’une des serveuses terrorisée au bras. L’homme se figea, horrifié, et Kyllian pu lui retirer l’arme des mains. Déjà, le bruit des sirènes de police se faisait entendre au loin, et Kyllian, sous les regards abasourdis des spectateurs, avait quitté la scène en courant. Lorsqu’il était arrivé à l’hôtel, expliquant brièvement la situation à son père, ils avait rapidement boucler leurs affaires, embarqués dans la jeep et n’avait arrêter que pour faire le plein et acheter quelque chose à manger pendant les deux jours suivants.

Ils ne peuvent se fier au témoignage des gens pour l’innocenter. Son pouvoir brouille négativement tous sentiments et perceptions, et il y a un trop grand risque que certains l’identifient comme le tireur. Ils ne peuvent pas non plus risquer d’être interrogé par la police car un policier pouvait faire le lien entre lui et les avis de recherche. Des années ce sont écoulés depuis l’incident sur le marché public de Coatzacoalcos, mais Sam lui a toujours répéter qu’ils ne peuvent et ne doivent prendre aucune chance. Aucun risque. Le désert avait semblé un lieu assez sécuritaire pour se poser. C’était excessif, mais Kyllian ne discutait plus les ordres et décisions de son père depuis un bon moment.

Ce genre d’évènements n’est pas rare autour de Kyllian. Il y est habitué, et pourtant, l’idée d’être responsable pour tous ces évènements l’enrage de plus en plus. Jeune, il ne comprenait pas et n’était que triste. Aujourd’hui, cela est remplacé par la colère.

Kyllian remet les cibles en places sans dire un mot, puis, le rifle sur l’épaule, retourne vers sa position de tir.



Chapitre 4 | Chetumal, Mexique 2011

Il est à peine 7h00 du matin, mais déjà, le petit restaurent a déjeuner du quartier accueille son lot d’habitué. Kyllian et son père commandent le spécial du jour. Bien qu’il ne la voie pas, Kaya n’est qu’a une quinzaine de mètres d’eux, ronflant au fond de la jeep.

Cherumal est une belle ville. Kyllian, Kaya et son père y sont arrivés tard la veille, et ils ont l’intention d’y rester un moment. Ayant terminé ses études par correspondance, Kyllian travaille maintenant sur différents petits boulots, généralement isolés, en foresterie par exemple, lui permettant de ne pas être en contact avec beaucoup de gens. Mais depuis quelques semaines, il travaille avec son père sur les chantiers.

Alors que Kyllian ouvre la bouche pour poser une question sur leur nouveau contrat à son père, la petite télévision du restaurent change brusquement de chaine sous les protestations des clients. Interloqué, le propriétaire augmente le volume et le silence se fait dans la salle.

À l’écran, une femme que Kyllian reconnu pour l’avoir vu dans une émission de nouvelle nationale mexicaine, fixe la caméra avec une expression est grave. On sent la nervosité dans ses mains.

    « Chers citoyens, désolés d’interrompre notre programmation habituel. Le bureau de la sécurité interne du gouvernement vient d’émettre un communiqué et ce message est retransmit sur toutes les chaines. Cette information est également, en ce moment même transmise dans tous les pays du monde. »


Kyllian fronce les sourcils en se redressant sur sa chaise, sa curiosité piquée, mais vaguement inquiet.

    « Une découverte scientifique de la plus haute importance a été faite, révélant l’existence d’une autre race humanoïde, vivant en ce moment même avec nous. Ils se nomment les Daemonians. »


Kyllian échappe sa fourchette, qu’il tenait en l’air immobile, alors que son cœur cesse de battre. Le bruit résonne clair et fort dans la sale silencieuse, et il sursaute en lançant un regard nerveux autour de lui. Heureusement, tous les regards sont rivés sur l’écran de télévision.

    « Ils se caractérisent par la présence matérielle de leur âme sous forme physique et animale. Ils possèdent des pouvoirs qui pourraient potentiellement être dangereux pour eux même et la population. Nous n’en savons pas beaucoup plus à l’heure qu’il est et attendons un prochain communiqué du département de protection pour… »


Le sang bat si fort aux oreilles de Kyllian qu’il n’entend plus les paroles de la présentatrice. Une décharge d’adrénaline lui hurle de s’enfuir, de prendre ses jambes à son coup, mais il est cloué sur place, la bouche entre-ouverte, tétaniser. Cette révélation pourrait dire tant de chose. La fin de sa fuite éternelle, un début, peut-être, de vie normale, la reconnaissance, cesser de craindre la police… Pourtant il n’y croit pas un seul instant. C’est un tout autre scénario qui se dessine à son esprit. Un scénario où tout ce qu’il a vécu jusqu’à présent n’est qu’un entrainement. Un scénario ou toutes les catastrophes et dangers prophétisé par Sam au cours des quinze dernières années se réalisent.

Son père tourne ses yeux vers lui avec gravité. Dans les murmures des clients du restaurent, Sam se lève et empoigne Kyllian par l’épaule, le forçant à se mettre sur ses pieds. Ses jambes lui semblant aussi raide que du béton. Alors qu’ils franchissent la porte du commerce, la voix de la présentatrice résonne comme un écho lointain à ses oreilles.

    « Le gouvernement vous enjoint à rester calme, et aux Daemonians à se manifester dans les centres de polices de leurs régions. Il vous assure que tout, absolument tout, sera fait pour préserver la sécurité de la population mexicaine. »


Kaya s’est réveillée et les regarde s’approcher de la voiture nerveusement. Rapidement, elle lui fait comprendre qu’elle a tout entendu, l’esprit de Kyllian étant une véritable passoire lorsqu’il n’y fait pas attention.

Lorsque le moteur tourne et qu’ils laissent le restaurent derrière eux, Kyllian demande à son père, l’urgence dans la voix :

    « Qu’est-ce qu’ils vont faire avec les Daemons qui vont se présenter à la police? Tu crois qu’ils vont simplement les recensés? »


Sam reste muet et Kyllian remarque ses jointures blanchit par la crispation. Non, bien sur que non. Le gouvernement mexicain n’est pas reconnu pour sa clémence envers les différences, et la dernière phrase de la présentatrice sonne comme un glas de mort aux oreilles du jeune garçon.

    « Où allons-nous maintenant? Ça change tout s’ils se mettent à rechercher activement les daemonians. »

    « En effet, cela change tout. Je dois rejoindre certaines personnes au plus vite, mais cette fois, tu viens avec moi. Il est temps que je te les présente. »




Chapitre 5 | Sud de Mérida, Mexique 2012

« Pourquoi ne peux-tu pas venir? Tu es l’un de nos meilleurs tireurs, Kyllian. Je suis certaine que je peux parler à Juàn et… »

« Non, Ana, ce ne sera pas nécessaire. C’est moi qui aie demandé à être de garde ce soir. »

« Ah? Pourtant tu déteste rester derrière normalement… »

Kyllian aimerait avoir une bonne explication à lui donner, ou encore mieux, ne pas en avoir du tout et céder a ses arguments. Mais il n’en a aucune et reste silencieux. Une lumière de compréhension se fait dans les yeux sombres d’Ana et elle penche la tête de côté. Un bref sourire compatissant se dessine sur ses lèvres. Kyllian déteste la pitié. Il redresse les épaules, fier, et retourne son regard vert dans le sien, franc et déterminé, bien décidé à ne pas lui donner raison pour sa pitié.

Ana fait signe au groupe de rebelles qui l’attendent pour le départ, à l’extrémité du campement. Lorsqu’elle passe près de lui, elle pose la main sur son bras et Kyllian se raidit, réprimant un mouvement de recul.

« On se voit ce soir alors, ne fait pas de bêtise. »

« Je le surveille, ne t’en fait pas. »

La voix légèrement acerbe de Kaya, qui observe la jeune femme avec un mélange d’agacement et d’amusement, tire un sourire à Ana. Elle retire sa main et s’éloigne. Il l’observe s’éloigner, son daemon sur l’épaule, un minuscule phalanger volant à la fourrure grise et noire.

À peine Ana est-elle assez loin pour ne plus entendre ses paroles, Kaya lance, d’un ton faussement détachée :

« Tu l’apprécie, non? »

Kyllian secoue la tête.

« Ne me dis pas que tu es jalouse? De toute façon, tu sais bien que c’est impossible. »

« Pff. Je ne t’ai pas demandé si tu voulais l’épouser et avoir des gamins avec elle, seulement si tu l’appréciais. Mais si tu le prends comme ça… retournons travailler. Ce n’est pas d’ici que tu voies venir l’ennemi, même s’il était vêtu comme une pop star des années 80. »

Sur ces sages paroles, le jeune coyote se lève et se dirige vers leur premier poste de garde. Kyllian lui emboite le pas, mais pas avant d’avoir lancé un dernier regard vers l’endroit où le groupe d’Ana vient de disparaitre dans la jungle.

En réalité, Ana a eu raison. Il préfère 100 fois partir en mission plutôt que de rester de garde au campement. Pourtant, il n’a pas eu le choix. Ces derniers temps, il passait beaucoup trop de temps en compagnie rapprochée de ses confrères rebelles. Les tensions avaient augmenté, et pas uniquement à cause de la menace que représentait l’armée mexicaine. Avant que son pouvoir ne cause des problèmes, il doit faire un pas en arrière, se contraindre à effectuer des missions solo. Son père aussi l’avait remarqué, et ses regards désapprobateurs appuyés l’avaient poussé à refuser la mission de la journée.

En traversant le camp, Kyllian salue de la tête une femme et ses deux enfants transportant des vivres pour la préparation du diner. L’activité bat son plein, et la petite communauté, après ses quelques mois d’existence, fonctionne déjà comme une roue bien huilée. Le campement en est un de rebelles, combattant la répression sévère du gouvernement Mexicain à l’endroit des Daemonians depuis la révélation de 2011, mais aussi de réfugiés. En dehors des rebelles actifs, un peu plus d’une quarantaine de personnes habitent dans le camp. Personnes âgées, jeunes familles, adolescents seuls… Tous des Daemonians ayant été forcé de quitter leur domicile pour fuir la police ou l’armée.

Jusque-là, la jungle leur a offert un sanctuaire peut-être peu hospitalier, mais fort efficace. Les autorités ne parviennent pas à les retracer dans la danse végétation, et les combats se déroulent loin du campement là où les Rebelles planifient les déclencher. Ils ne peuvent qu’espérer que la situation continue d’être aussi favorable en leur faveur.

La nouvelle de l’existence des daemons avait, entre autre, déclencher la mise en mouvement du plan d’action de ce regroupement rebelle, dont faisait partie son père avant la révélation. De groupe d’offensive, résistant par les armes aux arrestations de masse et aux disparitions mystérieuses de daemonians dans des camps, ils étaient devenus également refuge.

En effet, une panique générale avait suivi l’annonce. Animer par une campagne de peur gouvernementale, parents, amis et voisins dénoncent maintenant les daemonians mexicains partout à travers le pays. Ceux qui se rendent d’eux-mêmes à la police, comme demander par les autorités, sont placés sous haute surveillance ou emmener dans des camps pour évaluer leur condition, un peu à la manière d’une épidémie. La réalité de ces camps était tout autre que celle idyllique et sécuritaire présenter à la télévision. Ceux qui ne se livrent pas d’eux même sont automatiquement considérer comme criminels, et une chasse aux sorcières d’une ampleur incroyable se joue depuis un an. Enlèvement, disparition, meurtre… et le tout dans l’optique du bien publique.

Les confrontations sont donc fréquentes. L’armée les recherche activement comme criminels de première importance, mettant pourtant un soin tout particulier à cacher leur existence aux yeux de la population. L’une des principales activités des rebelles, outre les combats fréquents, est la diffusion d’informations confidentielles sur l’armée, les camps et les agissements politiques dans le but de faire renverser l’opinion publique. Succès passablement mitigé jusque-là.

Atteignant son poste de garde, à distance de vue du campement, Kyllian grimpe dans la cache en hauteur, perchée dans un grand arbre. De là, il a une vue imprenable, malgré la dense végétation, sur plus de la moitié du campement et de ses alentours. Quatre autres vigies sont placées autour du camp.

Il vérifie que son arme soit bien chargé puis lance un rapide signal mental à Kaya, restés au sol, comme quoi il est paré. Il la voit ensuite s’engouffré dans la jungle, partant pour sa ronde de reconnaissance autour de leur poste de garde. Se retrouvant enfin seul, Kyllian peux souffler. Il n’est pas habitué à vivre en communauté. Ses souvenirs de sa vie d’avant, avec sa mère, sont si lointains qu’ils lui semblent irréels. Autant il n’a aucun problème à survivre seul des jours dans le désert ou la jungle hostile, à manier fusil ou couteau, autant il manque cruellement de compétences sociales.

Malgré tout, il s’est fait des amis ici. Une nouvelle famille ainsi qu’une cause pour laquelle se battre. Il se sent si près de tous les membres de la rébellion, même de ceux qu’il ne connait que de nom, que cela l’inquiète. Son pouvoir pèse d’autant plus sur ses épaules, et puis il y a son père.

Depuis toujours, la présence de Kyllian et de son aura ont des effets négatifs sur le vétéran. Accès de colère, amplification de la douleur de la perte de sa femme, mais aussi des migraines intenses. Avant, lorsque la situation devenait insoutenable, Sam partait quelques jours, s’éloignant, et revenant lorsque les symptômes s’étaient soulagés. Également, plus jeune, son pouvoir semblait moins intense, n’agissant pas de façon perpétuelle, mais uniquement par vague, mais depuis que son daemon s’est stabilisé, son aura n’a fait que croitre, jusqu’à devenir omniprésente. Malgré tous ses efforts, Kyllian n’a que très peu de contrôle dessus et n’arrive seulement qu’à en diminuer un peu l’intensité en tentant de rester calme et en s’éloignant, comme maintenant. Les effets à long termes se font donc de plus en plus voir chez Sam. Son humeur est continuellement mise à mal et il est de plus en plus agressif. Ses migraines sont également plus fréquentes et violentes.

La seule solution possible est donc l’éloignement, et bien qu’ils vivent dans le même campement, Kyllian ne voit presque plus son père. Ils mangent parfois ensemble le soir. Sans plus. Cette semi absence pèse beaucoup plus lourd sur les épaules de Kyllian qu’il n’ose l’avouer.

Un bruissement dans les feuillages en contrebas lui fait redresser vivement la tête et l’arrache à ses réflexions. Ses épaules se relâchent aussitôt lorsqu’il aperçoit une jeune fille qui ne doit pas avoir plus de trois ans apparaitre au pied de l’arme, hilare, poursuivit par un petit Fennec à grandes oreilles. Le jeune homme sourit et rabaisse son arme.

[…]

C’est le bruit de la bombe qu’il identifie en premier, avant de se rendre compte qu’il est au sol, étendue dans les feuilles humides, et non plus sur son perchoir. Kyllian tente de se relever, mais manque d’équilibre. Sa jambe lui fait mal, mais en bougeant un peu, il sait qu’elle n’est pas brisée.

Le jeune daemonian cherche à tâtons son arme dans la pénombre du soir. Elle ne doit pas être tombée très loin… Là. Sur sa gauche. Secouant la tête, il parvient à se redresser, tanguant, alors que les sons assourdis recommencent lentement à vivre, étouffés comme lorsque votre tête est sous l’eau.

Il perçoit les cris en premier. Le son des mitraillettes ensuite.

Un bref regard à l’entour, maintenant que ses yeux sont habitués à l’obscurité, lui indique que la bombe a éclatée à quelques mètres de l’arbre, qui tient miraculeusement encore debout. Des décombres d’une ou plusieurs tentes sont éparpillés partout.

Kyllian se rue en avant, vers le campement, Dans sa tête, plus perceptible que tout autre son, la voix de Kaya lui hurle son nom, prise de panique. Il la rassure brièvement. Elle revient vers lui a la course et devrait être là d’un instant à l’autre.

Entrant dans le camp en trombe, il manque de peu de se faire criblé de balles, et ne doit qu’à ses réflexes de sa cacher derrière un tronc d’arbre. Empoignant son fusil, il se retourne vers ses assaillants. Une quinzaine de militaires, tout au plus, sans véhicule, mais lourdement armés. Comment ont-ils trouvés le campement? Y a t’il eut une fuite d’information? Mais peu importe. Aucune réponse ne peut changer ses prochaines décisions. Kaya se retrouve soudain à ses côtés, et d’un accord tactique, ils entrent dans la bataille.

Alors qu’il tire en direction des militaires, un groupe d’une douzaine de réfugiés, dont plusieurs enfants, tombent face à face à lui, après avoir longés des tentes à couverts. D’abord terrorisés, un soupir de soulagement s’échappe du groupe lorsqu’ils le reconnaissent. Kyllian serre les dents et leur fait signe de rester à couvert et d’attendre son signal. Il lance un bref regard à Kaya, qui comprend aussitôt et va se placer aux cotés de l’homme qui guide le petit groupe. Kyllian s’élance à découvert, tirant aveuglément dans la direction de ses ennemis afin de faire diversion, et hurle à l’intention du groupe :

« Courez! Dans la forêt! Vite! »

Les réfugiés se ruent derrière lui, suivant Kaya qui les guide à travers la forêt, vers la sécurité.

Les minutes s’enchainent, aussi rapides qu’un battement d’aile d’oiseau mouche, mais pourtant lui paraissant plus longues que des jours. Entre cœur battant, adrénaline, réflexes et chaos visuel comme auditif, Kyllian dirige à l’aide de Kaya plusieurs autres réfugiés terrorisés et hurlant d’horreur vers la sécurité temporaire de la jungle. Les rafales de balles sont presque perpétuelles. Plusieurs personnes tombent, blessées ou tuées. Deux autres détonations de bombes, beaucoup plus petites que la première, se font à un moment entendre. Une fumée intense et suffocante se répand à l’explosion de la deuxième. Le sol est un mélange de boue et de sang, et Kyllian essai de ne pas regarder les visages figés à jamais de ceux à qui il appartient.

Le silence revient un peu sur le campement, alors que les hurlements se taisent et que les balles se ralentissent. Ceux qui n’ont pas été abattus des réfugiés ont quittés le camp, il ne reste plus que les militaires et la maigre défense du campement. Plusieurs sont désormais tombés, et les quelques militaires restants se sont réfugiés à couvert des arbres.

Le sang quitte momentanément son visage, alors qu’il comprend qu’ils ne sont plus que deux rebelles armés face à une dizaine de militaires pour défendre le camp. Le camp est perdu. Sa respiration s’accélère, incontrôlable, et ses mains lui semblent glaciales, engourdies.

L’autre rebelle, en venant aux mêmes conclusions que Kyllian, s’approche à couvert de lui et lui souffle rapidement :

« Va rejoindre les réfugiés, le plus rapidement possible. Je te couvre. »

« Quoi? Non, c’est du suici… »

Mais l’autre est déjà debout et se met à tirer dans la direction des militaires.

« Venez me cherchez, lâches! »

Kyllian se lève à sa suite, horrifié, pour tenter de le rattraper mais aussitôt, l’un des tireurs ennemis ouvre le feu. L’autre rebelle ouvre les bras et lâche son arme. Kyllian ouvre la bouche pour crier son nom, mais le son est couvert sous les balles. Il attrape le corps de son compagnon dans ses bras et tombe à la renverse, déséquilibré, lorsqu’une vive douleur lui coupe le souffle. Il est touché lui aussi. Il s’écroule au sol alors que le monde vacille dangereusement autour de lui.

La voix paniquée de Kaya dans sa tête lui permet de reprendre rapidement contact avec la réalité et de rouler sur le côté, à l’abri d’un arbre, l’empêchant d’être tué à son tour. Son bras lui semble sur le point d’exploser, et alors qu’il porte la main à son épaule blessée, constate qu’il est couvert de son sang ainsi que de celui de son compagnon tombé au combat. Les tremblements reprennent et il ferme les yeux pour tenter de se contrôler, se calmer, réfléchir… Il doit se sortir de là, survivre, rejoindre les réfugiés, alerté le reste des troupes rebelles…

« Maman… maman… »

Kyllian ouvre les yeux, et à sa grande horreur voit devant lui la jeune fille de trois ans au daemon fennec, accroupie dans les décombres d’une petite construction. Les joues baignées de larmes, elle est recroquevillée près d’un corps immobile d’une femme.

Kyllian entend des bruits de pas et les voix des militaires se rapprocher lentement. Serrant les dents sous la douleur de son épaule, il se redresse rapidement et tire à l’aveuglette pour tenter de ralentir leur progression. Des cris s’élèvent, puis une canette roule devant lui. Kyllian n’a le temps que de sauter en avant et la canette explose dans un nuage de fumée lacrymogène.

Le daemonian se rue en avant, attrape la jeune fille qui hurle de terreur, puis fonce directement vers la forêt. La douleur dans son bras lui fait tourner la tête, mais il se force à resserrer sa prise autour du petit corps de l’enfant. Sa vision aussi se trouble mais il secoue la tête et continue de courir.

La petite fille ne cesse d’hurler et de se débattre, tentant de lui échapper, de plus en plus en proie à la panique. Ajouter à sa peine et sa peur causé par l’attaque, elle a maintenant une peur irrationnelle de lui. En ce moment, le pouvoir de Kyllian est complètement débridé. Sous le choc, l’horreur, la douleur… il prend une ampleur qu’il n’a encore jamais connu et qu’il ne contrôle pas. Dans sa confusion, il lui semble le sent courir sur ses bras, comme des griffes froides et meurtrières.

Au bout d’un moment qui lui semble une éternité, uniquement guider par les indications de Kaya dans sa tête, Kyllian débouche enfin sur le point de rassemblement des réfugiés au même instant que le reste des rebelles, aux alertes. Kyllian ne ralentit pas l’allure et s’écrie :

« ANA! »

La jeune femme se rue vers lui, et avant qu’elle n’ait pu ouvrir la bouche pour lui poser la moindre question, Kyllian lui met la jeune fille dans les bras, puis recule de plusieurs pas avant de chanceler et de tomber à genoux au sol. Les réfugiés les plus près s’éloignent prestement de lui, pris d’un sentiment de peur qui en fait crier quelques-uns, comme s’il était lui-même une bombe prête à exploser. Il porte une main à son épaule et Ana ouvre de grands yeux en faisant un pas vers lui.

« Ne t’approche pas… »

Kyllian serre les dents et se redresse avec peine. De son bras valide, il pointe dans la direction du campement et dit d’une voix forte, aussi assurée que possible :

« Une dizaine de militaire. Ils ne tarderont pas à nous retrouver. Allez-y maintenant! »

Seule Ana hésite un instant. Moins d’une minute plus tard, les coups de feu se font entendre de nouveau dans la forêt. Plusieurs rebelles armés sont restés avec les réfugiés pour les protéger.

Kyllian s’éloigne rapidement seul, uniquement suivit de Kaya. Lorsqu’il juge être à distance sécuritaire pour ne plus influencer personne de son aura, il s’arrête, tente de prendre appuie contre un arbre mais un haut de cœur le saisit et il doit se pencher pour vomir. Tremblant, il s’assoie ensuite au sol, et à l’aide de ses vêtements, panse sommairement sa plaie. Dans un ruisseau, il tente frénétiquement d’essuyer le sang qui lui tâche les mains. Il frotte si fort qu’il se fait mal.

Kyllian ramène ses genoux contre sa poitrine et les entoures de ses bras. Il tremble compulsivement, se balançant d’avant en arrière. Longtemps, il reste là à tenter de se calmer. À tenter de calmer son aura pour ne blesser personne.

Qu’il garde les yeux ouverts ou qu’il les ferme, il ne voit que les images du combat. Les corps de ses amis au sol. Leurs yeux vides. Le sang, les décombres, les blessures. Il n’entend que les cris, les détonations…

Longtemps, ses images vont le hanter.

Dans chacune de ses nuits.




Chapitre 6 | Sierra Madre Occidentale, Mexique 2013
Un an a passé. Et pourtant, les cauchemars n’ont pas cessés.

Leur campement découvert et détruit, la rébellion a dû changer de place et se trouve désormais bien isolés dans la Sierra Madre Occidentale. Affaiblit, il leur a fallu plusieurs mois avant de récupérer leurs forces, mais maintenant, ils sont aussi fort, sinon plus qu’avant.

Les combats se portent désormais directement aux places fortes des autorités mexicaines, ou près des centres de détentions des daemons. Leur but n’est plus uniquement d’opposé une résistance, mais de libérer les daemonians fait prisonniers.

C’est d’une de ces missions que Kyllian et Kaya reviennent.

« Pour la centième fois, je te dis que ça va aller. Je me contrôle parfaitement. »

Agacée, elle lance un regard agacé, presque courroucé, à Kyllian.

Alors qu’ils escaladent le flanc de montagne en direction du campement, Kyllian a une nouvelle fois exposé ses réticences à la jeune femme.

« Ce n’est pas en toi que je n’ai pas confiance, Ana. »

Elle pousse un soupir exaspérer puis s’arrête brusquement. Elle se retourne vers lui, l’empoigne par le collet et plaque sa bouche contre la sienne. Surpris, Kyllian reste figé. Lorsqu’elle le libère, une étrange lueur brille un instant dans ses prunelles, mais elle cligne rapidement des yeux, lui offrant un sourire.

« Je suis sérieuse, Kyllian. Je vais bien, je me contrôle. Je ne veux plus t’entendre douter de cela, c’est compris? »

Sur ce, elle se détourne et continue à escalader. D’abord perplexe et inquiet, Kyllian ne peut s’empêcher de sourire bêtement. Jamais il n’a cru possible de trouver quelqu’un prêt à combattre son pouvoir ou y résister afin d’être avec lui. Encore moins celle dont il était amoureux depuis si longtemps.

Son sentiment soudain de légèreté et de bonheur est cependant rapidement étouffé, alors qu’ils parviennent au campement rebelle. Leur opération du jour était un succès, mais un détail majeur restait à régler.

Depuis plusieurs mois, une jeune daemonian, captive de l’armée, était forcée à combattre contre la rébellion. Son pouvoir en étant un d’annulation, il rendait les rebelles vulnérables, leur coupant de leurs capacités spéciales qui couvraient jusque-là leur désavantage de force et de nombre vis-à-vis l’armée. Ils avaient tenté à plusieurs reprises de la libérer, sans succès, mais cette fois, ils avaient réussis à localiser son daemon, que les militaires gardait captif quelque part dans les environ des combats, puis à le libérer. La daemonian, nommée Areli Nora, avait alors cessé de bloquer l’accès au pouvoir des forces rebelles. Ils avaient réussis à s’enfuir in extrémis.

Une réussite, sinon que dans leur retraite, ils avaient été contraint de faire prisonnier l’un des militaires. Au cœur des montagnes, en marges du campement, le groupe s’arrête pour prendre une décision. La tension est palpable et Kyllian tente de se tenir le plus à l’écart possible. La situation est déjà assez problématique et tendue sans que son pouvoir ne vienne en plus foutre le bordel dans la tête de ses frères et sœurs d’armes.

Mais malgré ses précautions, la discussion dégénère rapidement. Même les plus calmes, posées et pacifistes de ses compagnons commencent à élever la voix et à radicaliser leurs opinions. Le garder prisonnier ou non? Quels risques faire courir aux rebelles? Quelle est la meilleure solution à prendre pour la sécurité des réfugiés?

Le débat devient de plus en plus animé et Kyllian devient de plus en plus nerveux. Il est à distance d’influence de ses compagnons depuis plusieurs heures déjà. Il a bien tenter de marcher derrière, le plus loin possible, et de partir en mission solo dans toutes les situations possibles… Mais il connait trop bien les signes de changement de tempéraments chez les victimes de son don pour les ignorer.

Il recule, se détachant du cercle formé par les rebelles autour du prisonnier, poings liés et adossé à un arbre. Alors qu’il s’apprête à disparaitre dans la végétation, Ana l’aperçoit.

« Où vas-tu comme ça? »

« Je ne peux pas rester, Ana. Je ne peux pas continuer d’être présent et d’influencer de la sorte le jugement des autres, surtout pas pour une question aussi importante. »

Excéder, la jeune femme s’emporte en élevant la voix, détournant l’attention du groupe de leur querelle initiale.

« Tu ne peux pas continuellement tenter de te dérober comme ça, Kyllian! De quoi est-ce que tu as réellement peur? Arrête de fuir, bon sang! Je n’en peux plus de te voir agir en lâche! »

« Je n’ai pas le choix! »

« Ho, oui, c’est vrai… parce que moi et les autres n’avons aucune maitrise de nous-même et qu’on va soudainement devenir fou! Fais-moi plaisir et cesse de nous sous-estimer et de nous prendre pour des enfants. »

La jeune femme, d’ordinaire si calme et patiente, écume de colère. Elle est toujours celle qui calme les disputes, réconforte. Jamais celle qui élève la voix. Parmi les rebelles, elle soulève même souvent des polémiques sur ses opinions pacifistes et plus enclin à tenter de coopérer avec les autorités mexicaine.

Malgré son cœur qui bat la chamade, il tente de dire le plus calmement possible :

« Tu ne penses plus clairement à cause de moi, je dois partir… »

Kyllian se détourne vivement mais Ana lui attrape fermement le bras. Le cœur de Kyllian rate un battement, mais il est déjà trop tard. Un homme s’écrie derrière eux, en proie à une colère et une exaspération évidente :

« Ce n’est pas bientôt fini votre cirque? On a des choses franchement plus importantes à débattre que vos foutues histoires, bon sang! »

Furibonde, Ana fait volte-face et marche droit vers le rebelle.

« Tu veux qu’on parle de ce fils de pute? On va en parler! C’est très simple, pas question de l’emmener au campement comme prisonnier. Vous imaginez qu’il parvienne à s‘échapper? Il connaitrait notre position et mettrait tout le monde en danger. Avez-vous déjà oublié ce qui s’est passé dans l’ancien campement? »

« Bien sûr que non! Mais il pourrait avoir des informations importantes à nous apprendre. »

« Tss… il ne dira jamais rien. Il n’a pas ouvert la bouche depuis le début du voyage. Il ne nous servira à rien et ne sera qu’un danger pour nous! »

« Qu’est-ce que tu suggères alors? Tu ne souhaites tout de même qu’on procède à une exécution? »

« Excellente idée. »

L’homme ouvre les yeux ronds alors qu’Ana détache le cran de sureté de son arme et la colle sur la tempe du prisonnier. Kyllian se jette vers la jeune femme.

« Ana, non! »

La détonation retentit dans l’air.

Pendant un instant, tout se fige. Les rebelles hébéter défigurent Ana qui, devenue aussi blême que neige, fixe le corps sans vie du militaire qu’elle vient d’abattre. Ses mains se mettent à trembler et elle laisse tomber au sol son arme. Alors qu’elle recule précipitamment, en panique, elle bute contre Kyllian, qui tente de la retenir de tomber. Une expression de réalisation et de peur se peint soudainement sur son visage alors qu’elle le repousse.

« Ne me touche pas! »

« Ana… »

« NON! Va-t’en, éloigne-toi de moi! Ce n’est pas moi, ce n’est pas moi… »

Roulant des yeux fous, des larmes se mettent à couler sur ses joues. Un vide immense s’ouvre alors en lui, et Kyllian sent des griffes glacées parcourir sa peau. Il recule à son tour, les autres rebelles s’écartant prestement de son passage, et suivit d’une Kaya étonnamment silencieuse, disparait rapidement sur le sentier menant au campement rebelle.

Il a été assez stupide pour croire qu’une vie différente peut être envisageable pour lui. Assez stupide pour croire qu’il contrôle assez son pouvoir pour que quelqu’un puisse rester près de lui, l’aimer.

Sa stupidité vient de couter une vie.
Sa stupidité a également blessé Ana d’une manière qu’il ne pourra jamais réparer.

Kyllian ne reparlera que très peu avec Ana, après ce jour-là. Elle l’évitera d’ailleurs comme la peste, jusqu’à ce qu’elle tombe sous le feu des militaires, 8 mois plus tard.



Chapitre 7 | Nord de Monterey, Mexique, 2014

« Qu’est-ce que tu fais encore ici? Fou le camp, Kyllian! Vite! »

« Je ne te laisserais pas, lève-toi! »

Kyllian attrape le bras de son père et le force à se remettre sur pieds. Affaiblit, Sam serre les dents et se prenant la tête de sa main libre. Un grondement de douleur lui échappe. Kyllian traine son père à l’extérieur de la tente, le regard enhardie par l’adrénaline et les cris autour d’eux. Les balles fusent dans tous les sens, mais Kyllian le sait, la bataille est déjà perdue.

Des mois d’affrontement et de resserrement de leurs frontières de refuge ont miner leurs forces offensives et défensive de manière dramatique. Une poignée de rebelles armé seulement défendent le camp de réfugiés, et aucune autre aide ne viendra plus. Leur seul espoir était d’arriver à évacuer les réfugiés. Ils n’en avaient que la moitié d’évacuer lorsque les militaires sont arrivés.

Des images horriblement familières se déroulent sous ses yeux, des images qu’il croyait pourtant appartenir à ses souvenirs de son ancien campement sous attaque. Malgré tout, il parvient à rester suffisamment concentré pour gagner la lisière de la forêt.

Un regard en arrière lui apprend que presque tous les rebelles présents au campement sont tombés. Les quelques réfugiés et militants armés restants tentent de s’échapper en s’enfuyant dans la montagne. Les tirs ne viennent plus que d’un côté de l’affrontement.

La rébellion est terminée. L’armée a gagnée.

Kyllian n’a pas le temps de se laisser aller au hurlement de colère, de rage et de tristesse qui lui mord la poitrine. Dans ses bras, son père s’affaisse d’avantage en se penchant vers l’avant, lâchant un cri de douleur en se prenant le crâne à deux mains. Kyllian, déchiré et désespérer, tente sans succès de le tirer vers l’avant

« Allez, papa, s’il te plait… »

Du sang coule du nez et de l’oreille droite de Sam. Ses yeux sont épuisés, presque vitrée, mais rendues hagards sous le coup de la douleur.

« Je… je ne peux pas. Je ne peux plus. »

Et alors Kyllian comprend : son père n’avancera plus.

Même s’il le souhaitait, Sam ne parviendra pas à s’enfuir, à tenir sur ses jambes assez longtemps pour fuir dans la jungle. D’ailleurs, il ne le souhaite pas. Ses paroles et son regard sont évidents.

Et la cause? Lui. Kyllian.

Sa maladie, dont son don est la cause, le tue à petit feu. Malgré leurs précautions des dernières années, l’exposition prolongée au pouvoir de Kyllian a considérablement dégradée l’état de santé de Sam. Ses migraines habituelles s’étaient progressivement aggravées, devenant handicapantes, puis dangereuses. Perte de conscience, saignement, épuisement, vives douleurs… Cela faisait près de trois semaines qu’il était alité dans une tente, à l’abri de la lumière ou du bruit qui aggravaient ses maux.

Les médecins du campement avaient dit à Kyllian qu’ils ne comprenaient pas l’origine médicale du problème, sinon que son mal était causé par une trop longue exposition au don de Kyllian. À voir l’effet négatif intense et immédiat qu’il causait chez d’autres personnes, ils lui avaient également dit ne pas comprendre comment San avait réussi à tenir aussi longtemps. Kyllian s’était donc abstenu de s’approcher de son père, mais l’état de Sam s’était peu amélioré.

Et maintenant, Kyllian refuse de le lâcher.

« J’ai dit que je ne t’abandonnerais pas! »

Sam se dégage brusquement, repoussant son fils, puis tombe à genoux au sol. Il tend la main vers Kyllian et dit :

« Donne-moi une arme et vas t’en. »

Kyllian ne bouge pas.

« MAINTENANT, Kyllian! »

Répondant à des réflexes appris pendant toutes ses années d’entrainement, Kyllian finit par plier et tend l’une de ses deux armes à son père.

« Ne te retourne pas. »

Kyllian n’a pas le temps de protester. Ils sont les derniers rebelles debout dans le campement, et les militaires les ont repérer. Kyllian est forcé de courir se mettre à couvert. Il entend la voix de son père hurler une insulte au militaire, puis une nouvelle rafale de balle se fait entendre. La voix de Sam ne s’élève plus.

À ce jour, Kyllian ne comprend toujours pas comment il a réussi à s’enfuir, à trouver la motivation et la force de descendre la montagne, à survivre, puis à regagner la civilisation sous une fausse identité. À dire vrai, il ne se souvient de rien. Son premier souvenir suivant est son propre reflet, alors qu’il se dévisage dans le miroir d’une miteuse chambre d’hôtel.

Il n’a pas pleuré malgré la douleur. Pas hurlé non plus, malgré la détresse.

Tout est vide. Trop vide.


Chapitre 8 | Frontière mexico-américaine de Nuevo Laredo et du Texas, 2014

« Vos papiers s’il vous plait. »

Kyllian tend un passeport au douanier qui l’observe d’un œil critique. Ce dernier se dit clairement que ce jeune mexicain un peu poussiéreux, transportant toutes ses maigres possessions sur sa vieille motocyclette, est surement un autre désespéré tentant de passer la frontière pour aller vivre le « American Dream ». Ils étaient déjà très nombreux avant la révélation de 2011, et n’ont cessé d’augmenter depuis.

Une curiosité à savoir si cet homme à la moto est l’un de ces daemonian tentant de quitter le pays prend le douanier, mais l’absence d’animal avec lui répond vite à sa question. Et maintenant qu’il a ses papiers sous le nez, il constate que ce type n’est pas mexicain, mais américain retournant au pays. Un sourire étire ses lèvres alors qu’il s’écarte pour laisser passer Kyllian.

« Bon retour au pays, monsieur Smith! »

Kyllian redémarre la vieille Norton.

Arrivé de l’autre côté de la frontière et hors de vue de la douane, il bifurque vers la brousse puis attend. Après quelques minutes d’attente, il voit enfin la silhouette du coyote émerger d’entre les buissons, trainant un lourd sac de toile derrière lui.

Acerbe, Kaya lui lance dès qu’elle n’a plus la ganse entre ses crocs :

« Tu ne pouvais pas en racheter d’autre une fois arrivé aux États-Unis? J’ai bien beau comprendre qu’on ne se douterait de rien en voyant un coyote franchir la frontière, mais j’étais loin d’être subtile avec ce machin! »

« Tu n’as pas été repérer, c’est ce qui compte, non? »

Kaya renifle dédaigneusement. Kyllian ne se formalise pas de son attitude. Il la sait très nerveuse. Le jeune daemonian embarque le sac, contenant ses armes qui n’auraient pas passés à l’inspection des douanes, sur la moto et s’apprête à repartir lorsque Kaya ouvre la bouche de nouveau.

« Tu crois vraiment qu’on peut faire confiance à de Daryl Flynt? »

Kyllian prend un temps d’arrêt, lançant un regard derrière eux, où les montagnes mexicaines ne sont déjà plus qu’un souvenir.

« Mon père lui faisait entièrement confiance. C’est suffisant pour moi. Et puis, il nous a fourni mon faux passeport, de l’argent et nous a promis de nous héberger jusqu’à ce qu’on puisse prendre le poids de ce qui se passe à Merkeley. S’il avait voulu nous voir mourir, il aurait été beaucoup plus simple pour lui de nous laisser au Mexique, non? »

« Mmm… Et cette histoire de rébellion américaine, tu y crois vraiment? »

« Oui. Je ne sais pas si je parierais sur sa réussite. Pas après l’échec de la rébellion mexicaine. Mais dans les lettres qu’il a écrit à mon père, il semble dire que les autorités ici sont plus conciliantes, qu’il y a même des organisations alliées avec le gouvernement dirigées par des daemonians. Une sorte de conseil pour une école spécialisée pour les gens comme nous, ainsi que pour le contrôle d’un recensement daemonian. »

« Je n’aime pas l’idée de ce conseil. Un recensement ressemble beaucoup à comment tout a commencé chez nous. »

« Je sais, Kaya. Moi non plus je n’aime pas cela, mais selon Daryl, il y aurait des daemonians opposés à ce conseil. Il n’en savait pas grand choses, mais s’il s’agit réellement d’une rébellion, je veux en faire partie. C’est pourquoi on va aller là-bas, pour voir comment les choses se passent réellement. On pourra toujours aviser après. »

Kyllian fait une pause. Ses prochaines paroles sont à la fois naitre un grand malaise, un grand vide de sens en lui, tout à la fois d’un sentiment vif de résolution.

« Et j’ai besoin d’avoir quelque chose pour laquelle continuer à me battre. »


Épilogue | Merkeley, New Jersey, 2015


Les émeutes ont pris fin depuis moins de 24 heures à Merkeley. Les dirigeants rebelles viennent d’être libérer par le Conseil, et un semblant de paix semble vouloir s’établir sur la région. De retour dans sa petite maison qui lui fait également office de bureau depuis les 6 derniers mois, le garde forestier de Merkeley semble pourtant maussade.

Assis sur les marches de son perron, Kyllian est silencieux depuis un moment. Kaya le pousse finalement du bout du nez.

« Je crois que tu les as sous-estimé un peu. Ils ont remportés une victoire, finalement. »

Kyllian lance un regard agacé à Kaya.

« Peut-être, mais c’est loin d’être fini. Même si la rébellion parvient à renverser le Conseil, ce ne serait qu’un début. Il y aura toujours quelqu’un pour s’opposer à une vie égalitaire entre humains et daemonians. Le gouvernement américain et l’armée ne se sont pas encore mêler de ce qui se passe ici. »

Kyllian se tourne vers le coyote puis s’enflamme.

« Ils se réjouissent maintenant, et c’est très bien, mais ils ne faut pas qu’ils oublient. Cela fait des années et des années que les groupes minoritaires sont sous représentés et opprimés, même dans ce pays qu’on dit si libre. Les noires, les femmes ou encore les homosexuels et transgenres. Ils se battent encore pour leurs droits. Alors comment nous, daemonians, qui ne sont apparu au grand jour que depuis quatre ans, pouvons prétendre faire mieux qu’eux? Non. Merkeley est spéciale, mais le reste du monde n’est pas différent que ce qu’on connait, toi et moi. »

Kyllian se calme un peu, un sourire triste au bord des lèvres.

« La guerre n’est pas finie. Elle commence. »




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